RETOUR :

de la question sociale

Neuf cents usines ont fermé dans 
les dernières années, toutes les promesses ont été jetées à la rigole et voilà qu’avant vote, des sursis à liquidation sont prononcés sur des sites emblématiques, Petroplus, Lejaby, Albany, Florange…


12 mars 2012

La liste n’est pas si longue, l’avenir reste précaire, mais les entreprises concernées sont celles où les salariés font du bruit, agglomèrent 
à leur cause les populations voisines et les élus locaux, 
ne se laissent pas endormir par la monnaie de singe 
des compassions ministérielles.

Face à eux, à cinquante jours de l’élection, Sarkozy ne peut se contenter 
du laisser-faire libéral qui est son credo quotidien. 
Il est obligé de faire quelque chose, d’abandonner 
les champs de l’immigration, de l’insécurité ou du chaos international dont il avait fait ses terrains d’élection 
pour s’aventurer sur les sujets sociaux. Là, il ne joue plus à domicile…

Voilà la vraie nouveauté des annonces 
en cascade et des coups de téléphone de Xavier Bertrand aux amis de la droite qui plastronnent au CAC 40. 
Pour la première fois depuis 1981, la question de l’emploi industriel est au premier plan.

La revendication 
de la justice sociale résonne dans des grands médias 
qui préfèrent la commisération sociale. La classe 
ouvrière n’est plus dans la seule posture de victime ; 
elle secoue la donne politique. C’est une chance pour la gauche et une contrainte pour ceux qui voudraient la convertir à la religion des marchés.

« L’austérité juste », dont se réclamait François Hollande à l’orée 
de sa campagne, répond mal à ce climat. Voilà donc le candidat socialiste éprouvant ses adducteurs dans un grand écart au-dessus de la Manche, improvisant à Paris l’instauration d’une taxe à 75 % 
pour les très, très hauts revenus et se précipitant à Londres pour rassurer 
la City. A-t-il suffisamment mesuré le basculement 
qui s’est opéré dans l’opinion avec la mobilisation 
sur les retraites ? Dès lors, les sujets sociaux sont passés 
de très loin en tête des préoccupations dans toutes les enquêtes d’opinion et un socle jusqu’à présent inébranlable des deux tiers des Français a continué à refuser une réforme que les gouvernants européens 
et le patronat ont décrété obligatoire. N’y a-t-il pas comme un parfum suranné, des relents de Tapie mâtinés de blairisme, dans cette écoute inquiète des marchés ?

La question sociale perturbe aussi la campagne du Front national, qui croit pouvoir détourner la colère contre les immigrés surexploités. La sauce prend moins bien et Le Pen père revient aux fourneaux avec les vieilles recettes de l’extrême droite. Il a tout de suite désigné l’ennemi, le Front de gauche et Jean-Luc Mélenchon 
qui pourrissent la vie de Le Pen fille. Quand on parle fiscalité, les masques tombent et le FN proteste qu’on s’en prenne aux très, très riches. Quand les syndicalistes sont en pleine lumière, les gros bras de l’extrême droite abonnés aux commandos patronaux sont rejetés dans l’ombre. Quand la revendication de l’égalité est proclamée, elle bat en brèche l’idéologie de l’inégalité naturelle qui fonde l’ordre capitaliste.

La gauche peut aujourd’hui marquer des points non d’abord pour grossir un pécule électoral mais pour donner plus de force et plus d’espérance à ceux qui en manquent, plus de garanties sociales à ceux qui en sont dépourvus. « Il y a toujours 
un rêve qui veille », écrit Aragon .


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