Beaumont - Réunion publique :

Rythmes scolaires, rythmes de vie

Le 20 mars le Front de Gauche organisait une réunion-débat « rythmes scolaires, rythmes de vies ». Pour introduire la discussion il est fait une rapide présentation des enjeux. La volonté du Ministre de l’Education est de favoriser la réussite de l’élève. Une comparaison avec nos voisins européens fait apparaître que la France a le plus petit nombre de jours de classe, par semaine et par année. En se situant parmi les pays où il y a le plus de vacances elle arrive tout de même à tenir un très bon rang pour le total des heures enseignées. L’école élémentaire française bat des records de classes chargées. Avec une volonté très affichée de renforcer la place de l’école au sein du territoire, le projet éducatif territorial entend développer activités pédagogiques complémentaires et temps péri-éducatif.


29 mars 2013

La parole est ensuite donnée à tour de rôle aux représentants des différentes organisations participantes. Tout e suite le SNUIPP-FSU pose une question fondamentale : que fait-on du service public d’éducation ? La question prioritaire est bien celle du fonctionnement de l’école, mis à mal par des taux d’encadrement insuffisants, l’absence d’aide aux enfants en difficulté (disparition des RASED), l’impact de programmes alourdis...Le SNUIPP est prêt à réfléchir à une autre organisation de l’école mais juge insuffisant de se limiter à cela.

La FCPE reconnaît dans le fait de sortir de la semaine à 4 jours une décision courageuse mais elle est déçue par la manière dont on le fait. C’est dommage aussi de dissocier le premier et le second degré. Il faudrait avoir une vision plus globale que celle de la semaine scolaire. Comment concevoir le soutien aux élèves en difficulté ? Les problèmes des devoirs et des rythmes scolaires ne sont toujours pas réglés.

L’adjointe au Maire d’Aubière, où le consensus s’est rapidement et facilement fait pour les 4 jours ½ , fait état des initiatives prises dans sa commune. Une réunion publique y a eu lieu, rassemblant environ 170 personnes. Un questionnaire a été remis aux parents (151 réponses sur 785), la concertation s’est faite avec les enseignants. Le coût des activités péri-éducatives dissuade la municipalité de mettre la réforme en application dès la rentrée de septembre 2013. Finalement c’est la décision de la différer à 2014 qui est votée par le conseil municipal.

L’adjointe à la vie scolaire de Beaumont intervient à la suite de sa collègue d’Aubière. Elle regrette que l’on ait dû se prononcer sur un projet de décret sans connaître le décret lui-même. Lors de la réunion de concertation de grandes réticences se sont dégagées, en particulier de la part des enseignants, et c’est le report à 2014 qui sera soumis à la délibération du Conseil Municipal. La mise en place d’activités péri-éducatives se heurte à beaucoup d’écueils : coûts, locaux, encadrement, transports...Un comité de pilotage est créé pour réfléchir et organiser sans précipitation la rentrée 2014.

Enfin la présidente de l’ADECR (Association Départementale des Elus Communistes et Républicains) donne une dimension politique à la discussion. La refondation de l’école ne va pas au bout faute de travaux en amont. Il faut la replacer dans le cadre de l’acte III de la décentralisation qui se caractérise par un désengagement toujours plus accentué de l’Etat dans le domaine de l’éducation. Ainsi le projet ne s’inscrit pas dans une politique de cohésion sociale. La dissociation du primaire des autres ordres d’enseignement apparaît comme une adaptation aux bassins d’emplois. Le gouvernement semble quelque peu faire preuve d’une méconnaissance des réalités, particulièrement celles du monde rural. En voulant aller vite à tout prix il va aboutir à une situation où chaque commune aura son système. Il y a besoin d’ateliers pour arriver à bâtir et porter un projet cohérent.

De ce premier tour de table émerge un accord sur le principe de la réforme mais de grandes réserves sont formulées sur l’absence d’un temps de réflexion, sur la prise de décision hâtive, sur l’absence d’une vision globale qui compromet sérieusement l’égalité territoriale.

La parole est alors à la salle. De nombreux sujets sont abordés. Qu’appelle-t-on réussite scolaire ? Le concept a évolué au cours du temps, passant de l’évaluation d’un savoir à l’appréciation de qualités d’employabilité. La refondation de l’école se fait « entre gens du même monde » alors qu’il y a là un problème de société. Si la concertation la plus large parvient à se réaliser, elle fera certainement apparaître des divergences profondes. Avec le projet actuellement proposé on risque fort d’aboutir à un système un peu anarchique alors que tous les Français ont droit à être éduqués de la même façon.

Les coupures dans les rythmes scolaires déstabilisent les enfants ; il apparaît maintenant que le passage de 27 à 24 heures hebdomadaires fut une erreur. Il ne faut pas tout axer sur le périscolaire mais revenir aux fondamentaux. Insidieusement un intervenant demande comment il se fait que les enseignants français soient si mal payés alors que la France est un pays qui met beaucoup d’argent dans son système éducatif. En fait pour l’enseignement primaire cet investissement est assez relatif.

Les projets éducatifs territoriaux doivent s’inscrire dans un projet national. Qu’entend-t-on par refondation ? Notre système éducatif était un exemple, va-t-on le mettre par terre ? Beaucoup de confusions, de contradictions président ici et là à l’élaboration des projets péri-éducatifs. Quelle est la place du mouvement associatif ? des bénévoles ? des professionnels ? Tout pousse à retarder la mise en application à 2014, mais voilà ce sera une année d’élections municipales. Les éventuels changements de majorité rendront-ils caducs les projets ?

Nous vivons dans une société de la suractivité, ce qui nous fait douter du bien-fondé d’une longue pause méridienne et d’une rentrée du matin à 9h. La coupure des deux jours du week-end apparaît néfaste pour les enfants. En fait cet effet est beaucoup plus accentué pour les enfants des familles les plus défavorisées. Mais notre époque connaît aussi de plus en plus d’enfants en garde alternée par des parents géographiquement éloignés et qui ont de ce fait besoin d’un long week-end. Ce n’est pas chose simple de concevoir des pauses ou des coupures bénéfiques à tous les enfants.

Une suggestion est avancée d’intégrer aux cursus universitaires l’intervention d’étudiants dans les activités péri-éducatives. Que faut-il penser des devoirs à l’école ou à la maison ? prise sur le temps d’enseignement ? restauration ou adaptation de l’étude traditionnelle ? que veut dire aujourd’hui devoirs scolaires ? Deux mots importants sont à souligner, projet d’école et projet territorial. Par rapport à l’un et à l’autre il faut faire face aux inégalités.

Et l’on s’achemine vers la conclusion du débat. C’est grave pour une commune de devoir décider au plus tard fin mars 2013 d’appliquer ou non un projet qui ne sera réellement défini qu’en juin. Les initiateurs de ce projet paraissent manquer de repères sur ce qui se passe autour de l’école. Comment celle-ci peut-elle être perçue quand on s’enfonce dans la pauvreté ? L’aide de l’Etat de 50 € par élève n’est pour l’instant garantie que pour 2013. Si elle n’est pas automatique et à ce niveau en 2014, là encore il y aura des inégalités. Le report de la mise en application doit être mis à profit pour obtenir un engagement pérenne de l’Etat.

En un mot il faut faire remonter les exigences d’une vraie école publique.


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