Révoltes populaires en Algérie et en Tunisie

Tout a commencé au mois de décembre après l’immolation par le feu d’un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes dans la région de Sidi Bouzid, dans le centre ouest de la Tunisie, à 265 km de Tunis. Depuis le 17 décembre, la révolte a gagné du terrain et on compte aujourd’hui, outre les morts et les blessés des manifestations, cinq suicides du même genre dans le pays. La population de Sidi Bouzid s’est ensuite soulevée puis des manifestations ont eu lieu dans différentes régions tunisiennes à Bizerte, Sfax, Sousse ou Nabeul avant de gagner la capitale, Tunis.

RASSEMBLEMENT DE SOUTIEN EN SOUTIEN AU PEUPLE TUNISIEN MARDI 18 JANVIER 17H30 DEVANT LA PRÉFECTURE


14 janvier 2011

Il est à noter que ce sont les populations du centre et du sud qui se sont soulevées les premières de fait d’une pauvreté importante et des inégalités existantes avec le littoral, plus développé et bénéficiant de l’industrie et du tourisme notamment. Selon le syndicat des travailleurs, l’UGTT, beaucoup d’investissements ont été réalisés sur le littoral et le nord au dépens des villes de l’intérieur. (90% des projets sont localisés sur les régions côtières).

En Tunisie il s’agit d’un mouvement à revendications économiques avec un fort message politique. Les avocats, bravant les interdits sont descendus dans la rue pour protester contre les méthodes de la police d’Etat. Officiellement le chômage se situe autour des 14% mais selon les opposants au régime, il serait plutôt de 30%.

En Tunisie 10% les plus riches perçoivent le tiers des revenus, les 30% des plus pauvres se contentent de moins de 10% du PIB. La fiscalité est particulièrement injuste. Consommateurs et salariés supportent l’essentiel de l’impôt. L’impôt forfaitaire empêche d’imposer 350 000 contribuables contrôlant le tiers du PIB.

Le régime de Ben Ali est totalitaire, corrompu, clientéliste et familial. La femme du président joue un rôle prépondérant. Certains observateurs jugent même que cette place occupée par la première dame de Tunisie s’expliquerait par une volonté de sa part de s’imposer dans la succession de Ben Ali, âgé de 75 ans et à la santé fragile. Régime policier en Tunisie : morts et blessés, forte répression des mouvements.

Une révolte Algérienne peu encadrée.

En Algérie les moins de 30 ans représentent les ¾ de la population algérienne. 20% de la population vit dans la pauvreté alors que l’Algérie dispose de plus de 155 mds de dollars de change, montant supérieur à ceux de la Tunisie et du Maroc réunis.

Depuis le début des années 2000, la politique ultra libérale mené par le gouvernement algérien n’a eu de cesse d’augmenter les inégalités. Comme dans beaucoup de pays, une infime majorité s’enrichit sur le dos de l’ensemble de la population à qui l’on demande toujours plus de sacrifices. La cherté du quotidien rend de plus en difficile la vie des algériens. Ainsi l’augmentation des prix du sucre et de l’huile a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

L’Algérie est aujourd’hui confrontée à des difficultés structurelles importantes : chômage de masse, inflation, pénurie de logement… malgré une croissance et des ressources financières importantes du fait de la présence d’hydrocarbure. Ainsi les jeunes qui se soulèvent actuellement, en Algérie comme en Tunisie ont le fort sentiment d’être les laissés pour compte de la croissance et les victimes des inégalités. Nous sommes bien face à un énorme problème de répartition de la richesse.

Ce qui est marquant c’est qu’en Algérie, aucun encadrement politique et syndical n’a été constaté contrairement à la révolte tunisienne.

Silence et soutiens de la France.
Au fur et à mesure des événements, la France comme l’UE se sont enfermées dans une sorte de silence laissant bien entendre une complicité avec le pouvoir tunisien de Ben Ali. N’est-ce pas d’ailleurs Nicolas Sarkozy qui déclarait en 2008 que « l’espace des libertés progresse en Tunisie ». Aujourd’hui la position de l’UMP et du gouvernement est de proclamer que la France n’a aucune leçon de démocratie à donner à la Tunisie. Pour eux le régime de Ben Ali constitue le meilleur rempart contre l’islamisme. Argument qui n’est par contre pas utilisé sur le dossier de la Côte d’Ivoire où la France fait preuve d’ingérence.

Michel Alliot Marie a même proposé à la Tunisie une sorte de coopération pour le « maintien de l’ordre » qui devait selon elle être une priorité pour apaiser les esprits. Le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, estime lui que le président Ben Ali est souvent mal jugé et qu’il a fait beaucoup de choses pour son pays.

L’Union Européenne et la Tunisie ont renforcé leurs relations bilatérales dans l’optique d’obtenir pour la Tunisie le « statut avancé » qui permet d’intensifier le dialogue politique et surtout les relations commerciales entre l’UE et la Tunisie. Suite aux violences, la LDH demande la suspension des négociations sur le statut avancé.

Répression du mouvement.

En Tunisie pourtant la répression des émeutes et du mouvement est féroce. Entre 30 et 50 morts sont à déplorer depuis le début selon le syndicat et la LIDH. Des villes comme Tunis sont totalement quadrillées et tout regroupement est empêché par les forces de l’ordre. Les arrestations se succèdent ciblant les responsables syndicaux et politiques, les journalistes mais aussi les jeunes. Tunis connaît chaque soir maintenant un couvre feu.

Malgré toute cette répression et les discours du pouvoir, les tunisiens continuent à descendre dans la rue et restent déterminés pour se faire entendre. Beaucoup d’observateurs estiment que le peuple tunisien n’a plus peur du pouvoir. Il s’agit d’un tournant historique et politique. La marmite de la terreur imposée depuis 23 ans par Ben Ali est en train d’exploser. Une soif de liberté, de justice et de démocratie se fait sentir dans le pays.

Au niveau politique et syndical : appui du Parti Démocrate progressiste (PDP) et l’union générale des travailleurs (UGPP).

Deux mouvements, deux pays, des similitudes mais aussi des différences. Il s’agit d’une vraie lame de fonds qui s’exprime contre les politiques ultralibérales mises en place dans ces pays. Pas étonnant que DSK, président du FMI, se félicite des orientations économiques mises en place par le gouvernement Ben Ali.


Je contribue
La contribution

forum info modere