Mercredi 2 novembre - 20h30 à Beaumont :

Réunion d'Espaces MARX


27 octobre 2011

Au cours de notre dernière réunion, Jean Knauf nous a proposé un compte-rendu de l’ouvrage d’Isabelle Garo, Foucault, Deleuze, Althusser et Marx . Ces auteurs très importants des années 60 et 70 sont ici étudiés dans leur rapport à l’œuvre de Marx. Il est notamment intéressant de constater la volonté du premier d’entre eux, Michel Foucault, derrière l’étude du pouvoir ou des thématiques de micropolitique ou encore d’intellectuel spécifique, de remplacer le marxisme, en fournissant alors à une forme de « seconde » gauche les outils intellectuels lui permettant de dévitaliser le matérialisme historique tout en se réclamant d’un programme de luttes sociales multiples et asymétriques, inscrites dans le capitalisme. Il serait sans doute intéressant de poursuivre cette réflexion par une question simple mais essentielle, comment la « première » gauche, marxiste elle, pourrait-elle aujourd’hui répondre à cette offensive intellectuelle dévastatrice ?

Autour de ce sujet et d’autres, nous vous proposons de nous réunir le mercredi 02 novembre 2011, à 20h30, salle bleue de la Maison des Beaumontois à Beaumont.

L’ordre du jour retenu sera :

-  Exposé de Lilian Gravière sur Le Travail social de Jeanine Verdès-Leroux.
-  Préparation de la venue d’Isabelle Garo.
-  Questions diverses.

Lilian GRAVIERE

Compte-rendu de l’ouvrage d’Isabelle Garo, Foucault, Deleuze, Althusser et Marx
(éditions Demopolis, 2011)

Isabelle Garo est agrégée de philosophie et responsable du projet G.E.M.E (Grande Edition des Œuvres de Marx-Engels)
Son dernier ouvrage étudie trois penseurs majeurs de la seconde partie du XX° siècle dont l’influence fut déterminante : Michel Foucault, Gilles Deleuze, Louis Althusser dans leur rapport à Karl Marx. Pour elle, il ne s’agit pas de traiter la question d’un point de vue uniquement philosophique et de faire s’affronter des doctrines. L’ambition affichée d’Isabelle Garo est de confronter théorie et politique tant il est vrai, dès lors que l’on fait référence à la doctrine marxienne, que les œuvres ne tombent pas du ciel mais qu’elles prennent naissance dans un contexte socio politique.
Ces trois philosophes sont des figures majeures de la pensée française dans les années 60 puisque leurs premiers livres paraissent entre 1961 (Histoire de la folie à l’âge classique de Michel Foucault) et 1965 (Pour Marx de Louis Althusser et Lire le capital d’Althusser en collaboration avec Balibar, Rancière et Macherey). Des œuvres dont il ne s’agit pas de nier l’importance mais qui chacune à leur manière mettent en question la doctrine de Marx/Engels telle que le Parti Communiste la transmet à cette époque, notamment à travers l ‘enseignement d’un philosophe majeur de la tradition marxiste, Georges Politzer.
Un trait majeur relie ces trois œuvres : le rejet de ce que Deleuze appelle : « l’infâme dialectique ». Michel Foucault place haut son ambition puisqu’il entend construire, ni plus ni moins, une doctrine qui soit une alternative à celle de Marx. Rompant avec la conception d’une philosophie de l’histoire, il affirme que l’homme est le produit de structures qui le déterminent. Quant à Althusser, il distingue un jeune Marx hégélien et dialecticien qu’il l’oppose à un Marx de la maturité, construisant un système scientifique.
Ces trois doctrines, selon Isabelle Garo, vont à l’encontre d’une lecture de Marx qui allie les acquis du rationalisme – Descartes et les Lumières – et les apports de la dialectique hégélienne. Tout le travail de Marx a consisté à articuler matérialisme, dialectique et philosophie de l’histoire.
Délaissant tout projet de transformation globale de la société au profit d’une action locale, ces doctrines ont été revendiquées. Les années 70 ont vu proliférer tout un activisme autour des questions de la prison, de l’école, des identités sexuelles, des minorités diverses … Pour autant, estime Isabelle Garo, elles n’ont pas empêché le néo-libéralisme d’exercer sa domination ravageuse. En aucun cas, elles n’apportent de réponse à la crise du capitalisme.
Mais, ceci a sans doute été rendu possible par la faiblesse des analyses dans les années 60 du Parti Communiste, incapable d’intégrer les aspirations issues des contradictions apparues au cours des « trente glorieuses » : revendications sociétales, transformation des mœurs … Lucides ces trois penseurs construisent leur pensée sur cette incapacité qui pose la question toujours d’actualité : comment intégrer les apports intellectuels dans une pratique politique ?
Il n’empêche, si ces trois œuvres ne nous dispensent pas de lire Marx, il reste que, selon Isabelle Garo, tout marxiste peut se laisser interroger par les problèmes et questions qu’elles soulèvent.
Ce livre est d’une lecture exigeante mais sa densité conceptuelle est salutaire pour l’esprit.
Jean Knauf


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