Retour sur les élections municipales

Nous nous étions donné comme objectif la réélection et l’élection d’un maximum de maires, d’adjoints, de conseillers municipaux et communautaires communistes et Front de gauche partout en France, non pas pour des intérêts partidaires mais parce que en ces temps où les mauvais coups pleuvent de toutes parts sur les salariés, les retraités, les étudiants, les familles populaires, les femmes, il y a plus que jamais besoin d’élus communistes et FG, de municipalités communistes et FG afin d’organiser la résistance à l’austérité et de faire renaître l’espoir d’une alternative de progrès social et humain.


24 avril 2014

C’est cet objectif partagé et national qui, dans l’immense majorité des communes, a guidé, commune par commune, les choix souverains de rassemblement des communistes qui se sont bien sûr déclinés en fonction des réalités et des rapports de force locaux. Nous avons, dans l’immense majorité des communes, recherché le rassemblement le plus large autour de projets municipaux construits avec les citoyens. C’est à partir de cette démarche que se sont construites une mobilisation et une mise en mouvement militante très fortes des communistes.

Dans le cadre d’une abstention forte et d’une importante poussée à droite, le PCF et le FG maintiennent encore un ancrage fort mais connaissent une érosion significative de leurs positions. Le PCF perd des élus du fait des victoires de la droite sur la gauche, particulièrement sur le PS. Nous conservons 137 villes de + de 3 500 hbts, en gagnons 12 et en perdons 47. Le PG garde une ville de + de 3 500 hbts. Sur les communes de plus de 20 000 hbts, 28 municipalités communistes et apparentées sont conservées, deux de plus de 75 000 hbts [dont 1 de plus de 100 000] sont conquises et 8 sont perdues (2 face au PS, 6 face à la droite). Avec Montreuil et Aubervilliers, c’est la 1ère fois depuis 1995 que le PCF gagne des villes de plus 75 000 hbts. Par contre, le PCF perd les villes d’Aubagne, Vaulx-en-Velin, Bagnolet, Le Blanc-Mesnil, St-Ouen, Bobigny, Villejuif, à chaque fois dans des circonstances singulières.

A Bagnolet nous perdons face au PS qui fusionne avec une liste inspirée par certains membres d’Ensemble dans une quadrangulaire, alors que nous étions arrivés en tête au 1er tour. A Vaulx-en-Velin nous sommes battus par la députée PS dans le cadre d’une triangulaire de 2nd tour. A St-Ouen nous perdons face à la droite après avoir subi une primaire avec le PS et un refus de fusion de sa part. A Aubagne, Bobigny et Blanc-Mesnil nous perdons face à la droite en étant à la tête d’une liste de rassemblement de toute la gauche et de la société civile. A Villejuif nous sommes emportés par une coalition anticommuniste allant des Verts à la droite, en passant par une partie du PS avec un transfert de voix du FN.

Au vu des résultats commune par commune, on ne peut établir un rapport de cause à effet entre nos divers choix de rassemblement in fine et nos résultats finaux. Par contre il semblerait, d’après les 1ères remontées d’expérience, que les listes que nous conduisions et qu’elles aient été exclusivement sur le terrain des enjeux locaux, ou uniquement focalisées sur la critique de la politique gouvernementale, ont plutôt plus mal réussi que les listes qui ont su corréler enjeux locaux et situation nationale. Ce qui montre que le véritable débat n’était pas entre une ligne d’autonomie quasi-systématique face au PS ou un remake de l’union de la gauche.

Une remarque pour éviter un faux débat et des divisions bien inutiles : dans les villes où nous conduisions une liste en 2008 et en 2014, sur fond d’affaiblissement de la gauche, nous enregistrons un recul de 5 points dans celles où nous menions une liste d’union de la gauche et de 7 points dans celles où nous menions une liste sans le PS. Le débat crucial dans chaque ville était celui du meilleur choix possible de rassemblement afin de gagner ou de garder le plus possible de positions électives afin de s’opposer aux politiques d’austérité.

Ce qui nous différencie de la direction nationale du PG, c’est la mise en œuvre de l’orientation fondatrice du Front de gauche. Son ambition fondatrice n’est ni l’autonomie vis-à-vis du PS, ni de faire prospérer une petite gauche de la gauche sur les décombres électoraux du PS. L’ambition fondatrice du Front de gauche est de rassembler à gauche et de conquérir des positions électives, pour justement tirer toute la gauche sur des objectifs de progrès social, afin de rendre culturellement hégémonique les valeurs de transformation sociale. D’ailleurs, pour notre part, nous avons réglé cette question d’autonomie du PS il y a 94 ans, lors d’un certain congrès de Tours, alors que d’autres n’ont réglé cela qu’il y a seulement 5 ans. Poser les questions exclusivement en termes d’autonomie vis-à-vis du PS reviendrait à prendre acte ad vitam aeternam de la domination actuelle des idées sociales-démocrates sur la gauche.

Au final, nous n’avons pas atteint notre objectif d’augmenter dans l’intérêt de notre peuple le nombre de maires et d’élus communistes et FG. Cependant, il est particulièrement abusif de parler de « bérézina » concernant les résultats du PCF et du FG. Nous résistons, alors que dans le même temps le PS connaît un waterloo électoral. Il n’en reste pas moins que l’érosion lente des positions de l’ancrage des communistes dans les territoires n’est pas stoppée. En fait, le problème auquel objectivement nous nous sommes heurtés et qui n’est pas simple à résoudre a été celui de traiter lors de cette campagne la question de la gauche et de ses contradictions : à la fois rassembler tous les électeurs de gauche, condition nécessaire à la victoire, mais aussi critiques et actions nécessaires contre une politique antisociale du gouvernement, l’austérité et les attaques sur la libre administration des communes. Et surtout construction d’une alternative dans le cadre d’un effet ciseaux : d’un côté l’aggravation de la situation sociale des populations et la demande de plus et mieux de services publics et de protections sociales, et en même temps des recettes fiscales en berne et les dotations de l’État en fort recul.

Lorsque nous avons été seulement dans la dénonciation des turpitudes du gouvernement nous apportions de l’eau inconsciemment au moulin en augmentant le désespoir du peuple de gauche et alimentant ainsi sa tentation de s’abstenir.

Avons-nous assez montré du doigt toute la responsabilité de la droite, du patronat et des institutions européennes dans la politique que mène à l’heure actuelle le gouvernement ? Notre fil rouge n’est-il pas de créer du rassemblement populaire qui fasse barrage efficacement à la pression du Medef et aux politiques de droite, fussent-elles misent en œuvre par un gouvernement de gauche ? N’avons-nous pas été trop exclusivement polarisés sur la mobilisation du seul électorat potentiel de gauche, alors qu’il aurait fallu mener la bataille politique des valeurs et de reconstruction d’une conscience de classe d’aujourd’hui parmi les habitants des quartiers populaires ?

Dans le même temps, nous savons qu’on ne peut gagner une élection en étant seulement les meilleurs gestionnaires du monde. On ne peut la gagner en faisant seulement de la proximité si on ne mène pas dans le même mouvement le combat politique et les luttes. Il ne suffit pas de développer des instances de démocratie participative si on ne met pas entre les mains des citoyens les enjeux réels. Nous ne pouvions gagner qu’en donnant tout son sens à nos actions municipales et à nos démarches politiques, en montrant qu’elles participent d’un récit collectif, d’une aventure partagée commencée il y a 10, 20, 30, 50 ans à laquelle chacun peut et doit participer et qui est surtout porteuse d’avenir dans la société d’aujourd’hui et de demain.

Les élus PCF et FG qui vont siéger les 6 années à venir seront un atout et un point d’appui de taille pour notre peuple et pour les luttes. Elles et ils seront de toutes les luttes et solidarités sociales, sociétales et internationalistes, que cela concerne les expulsions, les coupures de gaz et d’électricité, l’aide aux sans-papiers, la défense de l’emploi et des services publics, le développement industriel, la protection de l’environnement, l’accès à la culture pour tous … Elles et ils seront des points d’appui précieux et des vecteurs de légitimation de rassemblement contre les injustices et les inégalités, pour des alternatives.

Les maires communistes seront en particulier aussi des rassembleurs de toute la population, par des pratiques démocratiques innovantes d’implication des citoyens dans la gestion des affaires de la cité. Entièrement dévoués à leurs mandats et à l’intérêt général, malgré toutes les difficultés financières des communes, malgré les attaques contre la démocratie communale, ils seront les bâtisseurs de l’urbanité et de la ruralité de demain. Pour le bien commun, ils rassembleront bien au-delà du périmètre de la gauche politique, en particulier pour défendre les libertés communales face à des métropoles élaborées sur mesure pour la finance internationale et un modèle fédéral.

Beaucoup de chantiers sont à entreprendre dans la gestion comme dans l’action politique en général. L’ampleur de la crise nous invite à être audacieux et créatifs sur notre rapport politique aux citoyens, sur nos choix de politique territoriale, sur le sens de nos politiques sociales, sur les nouveaux moyens de communication, sur notre lien à la vie sociale et associative et à bien d’autres questions telles que la laïcité, les religions, la place des jeunes, la culture... Notre parti se doit d’y travailler. Penser et repenser son organisation et son fonctionnement à l’échelle des territoires et au plus près des besoins et des aspirations des citoyens.

Les expériences, parmi d’autres, de Vierzon, Dieppe, Villeneuve-St-Georges en 2008, d’Aubervilliers, Sérémange, Onnaing, Avesnes-les-Aubert, Annay-sous-Lens, Thiers, Courpière, Magnanville, Montreuil aujourd’hui, montrent qu’il nous est possible, dans le cadre de rassemblements et de démarches citoyennes politisées sur du concret et du sens, de reconquérir et de conquérir des territoires. Nous devons, à partir des enseignements de ses expériences, en particulier en termes de rassemblement et d’innovations politiques et sociales, et sans en faire des modèles mécaniquement transposables, travailler dès maintenant aux futures municipales de 2020. Nous ne devons pas passer par pertes et profits les superbes campagnes que nous avons menées là où nous nous étions fixé des objectifs de conquête. Certes il n’a pas été possible cette fois-ci de gagner, mais nous avons engrangé des acquis précieux et porteurs de futures dynamiques. Cela passe par un travail collectif, méthodique et planifié, où le Parti joue tout son rôle qu’il nous faut dès aujourd’hui engager. Oui reconquêtes et conquêtes doivent commencer dès maintenant ! Le renforcement du Parti communiste français est un enjeu crucial. Éviter par trop souvent de proposer l’adhésion n’a aucune raison d’être. Travaillons à l’animation d’une grande campagne d’adhésions.

Pascal SAVOLDELLI
Responsable national des élections
Suivi de la fédération PCF du Puy-de-Dôme


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