Politique économique régionale :

Rencontre avec les acteurs économiques

Lundi 15 février, à l’initiative du Front de Gauche, plusieurs candidats de la liste présentée pour les élections régionales ont rencontré des représentants du monde économique afin de débattre avec eux de la politique économique régionale. Le but était clairement de leur donner la parole afin qu’ils expriment leurs témoignages, leurs attentes et leurs propositions.


26 février 2010

Lundi 15 février, à l’initiative du Front de Gauche, plusieurs candidats de la liste présentée pour les élections régionales ont rencontré des représentants du monde économique afin de débattre avec eux de la politique économique régionale. Le but était clairement de leur donner la parole afin qu’ils expriment leurs témoignages, leurs attentes et leurs propositions.

Etaient notamment présent :
-  André Chassaigne,
-  Maïté Ballais,
-  Pascal Estier,
-  Roger Bichon
André a donc animé la réunion avec l’aide de Jacques Mizoule, conseiller régional sortant et ex vice-président à l’économie du Conseil Régional et de Denis Durand, Secrétaire Général de la CGT Banque de France et économiste (qui travaille notamment beaucoup sur les politiques de financement et le crédit).

Dans un premier temps, Jacques a rapidement brossé la situation économique de l’Auvergne ce qui met en évidence quelques particularités évidentes :
-  L’emploi industriel est important (19% contre 15,7% au niveau national),
-  L’agriculture représente 6,5% de l’emploi contre 3,4% au niveau national,
-  Par contre les services ne représentent que 55,3% contre 61% nationalement,
-  Le tissu économique est principalement constitué de PME (seules 30 entreprises ont plus de 500 salariés)
-  Une forte activité de Recherche et Développement (un participant notant toutefois que cela concernait essentiellement 2 grosses entreprises, Limagrain et Michelin).

Après cette introduction, de nombreuses interventions se sont succédées émanant de chefs d’entreprises, de représentants de divers organismes (Chambre de Commerce et d’Industrie, CAPEB, CGPME), de syndicalistes.
Il ressort de ce débat des idées fortes qui permettent aux candidats d’intégrer et d’affiner des propositions de campagne.

-  La nécessité d’une véritable aide aux entreprises a été maintes fois réaffirmée, avec un effet multiplicateur en période de crise. La difficulté récurrente rencontrée sur l’obtention de crédit, notamment à court terme, est la principale cause de la situation dramatique rencontrée par beaucoup de PME.
-  L’implication dans l’économie est différente suivant les régions. Afin d’éviter une forme de dumping, une coordination ou une harmonisation serait utile. Il reste à en définir le cadre si la volonté politique existe. L’ARF (Association des Régions de France) pourrait jouer un rôle.
-  Les critères pour l’accompagnement des entreprises sont de plus en plus sélectifs. Si l’obtention d’aides est relativement aisée lors d’une création d’entreprise, il n’en est pas de même pour la suite et l’accompagnement d’entreprises en difficultés pose de réels problèmes.
-  Il faut noter qu’au niveau de l’artisanat (concernant des unités d’environ 3 salariés), les emplois sont demeurés stables, même pendant la crise. Le principal enjeu est la stabilisation de ces emplois.
-  Le comportement des banques a été unanimement critiqué. Elles doivent se recentrer sur leur raison d’être, véritablement agir sur l’économie réelle et quitter une trop grande prudence dans les critères d’attribution des prêts. Beaucoup ont réclamé une « reconnaissance du ventre » au lendemain d’une forte aide des pouvoirs publics à leur encontre.
-  La région doit s’impliquer totalement dans le secteur économique. Elle doit assurer pleinement son rôle de donneur d’ordre. La région doit être un véritable pôle de résistance sur l’emploi.
-  Le besoin d’argent est le plus souvent un besoin de trésorerie, ce qui rend encore plus scandaleuse l’attitude des banques. Ce sont le plus souvent des entreprises saines qui ont un cap à passer en fonction de la conjoncture et le manque de réactivité des banques conduit à une mise en péril de leur existence même.
-  Une réflexion par filière est aussi demandée (l’automobile par exemple), la région peut jouer un rôle non négligeable dans ce domaine par la mise en place de moyens pour fédérer.
-  Le statut d’auto-entrepreneur est mis à l’index. Cette quasi officialisation d’activités clandestines plombe gravement l’activité dans un contexte où les PME souffrent d’un rétrécissement des carnets de commandes. Ce statut est scandaleux car il concerne dans une large proportion des personnes ayant une activité et travaillant dans une entreprise ou chez un artisan.
-  Pour quelques intervenants, il aurait fallu légiférer pendant la crise pour le maintien de l’emploi en imposant des lignes de crédit plus importantes permettant ainsi de passer le cap. Vu l’aide consentie aux banques, la contrepartie s’imposait.
-  Un autre problème capital à traiter, celui de la transmission des entreprises. En effet, vu l’âge des dirigeants, dans les 5 à 10 ans, ce seront des milliers d’entreprises qui seront concernées. Là aussi, le Conseil Régional doit intervenir. Il le fait déjà mais il doit intensifier son action.
-  Un entrepreneur confronté à de très graves problèmes de financement alors que son activité est viable et potentiellement créatrice d’une vingtaine d’emplois met l’accent sur les effets de la mondialisation. Pour lui, le Conseil Régional, sans se substituer aux banques doit intervenir lors de projets innovants. Les collectivités territoriales doivent servir d’aiguillons.

De ce débat, il est ressorti collectivement quelques pistes à approfondir pour que le Conseil Régional s’inscrive efficacement dans le développement économique régional et dans la lutte pour l’emploi.

Le constat évident et très fort est la nécessité que les banques se recentrent sur leur vrai métier et appliquent une véritable politique de crédit vertueuse ciblée vers les entreprises, principalement les PME, qui représentent la grande majorité du tissu économique.

La région ne peut évidemment pas se substituer (et ce n’est pas sa vocation) aux banques. Par contre, elle peut avoir une politique volontariste et servir d’aiguillon pour libérer les fonds nécessaires. La mise en place de fonds publics régionaux pour l’emploi et la formation peut répondre à cette volonté. Contrairement à d’autres formes d’intervention publique, ils n’ont pas pour objet de financer directement des investissements à partir de l’épargne régionale et encore moins d’accorder des aides aux entreprises sans critère d’efficacité économique et sociale.

Ils doivent être conçus comme des instruments au service d’une politique visant à obtenir des crédits bancaires finançant en priorité des investissements répondant à des critères précis de création ou de préservation d’emplois et de développement du potentiel de création de valeur ajoutée sur le territoire.

Concrètement, ces moyens d’action peuvent prendre 2 formes :
-  Une garantie : la région s’engage à rembourser la banque qui a accordé le crédit en cas de défaillance de l’entreprise,
-  Une bonification d’intérêts : la région paie tout ou partie des intérêts dus par l’entreprise à la banque qui accorde le crédit.
L’effet de levier ainsi mis en place pourrait permettre de mobiliser des sommes importantes répondant mieux aux besoins exprimés par les entreprises. A titre d’exemple, en Auvergne le différentiel entre les dépôts et crédits à fin décembre 2009 est de 5 milliards d’euros. Il est inconcevable que cette somme ne puisse bénéficier à ceux qui sont les acteurs économiques, qui créent de l’emploi et qui oeuvrent pour une politique de formation.
Cette intervention au niveau de l’économie régionale rompt radicalement avec le principe des aides directes accordées, peu efficaces car les montants affectés sont très limités. Elle évite aussi un phénomène de clientélisme, peu en rapport avec l’efficacité recherchée.
Cette véritable caution morale du Conseil Régional doit servir d’argument pour modifier le comportement des banques et les inciter à aider ceux qui en ont véritablement besoin.
Il faudrait cependant garder à l’esprit que des fonds pourraient aussi être réservés dans des cas très urgents d’entreprises en difficultés. Des interventions ponctuelles, ciblées et rapides peuvent parfois être capitales pour éviter des défaillances d’entreprises et les conséquences sociales qui en découlent. En parallèle avec le fond régional pour l’emploi, des fonds doivent être réservés pour les aides d’urgence.
Il ressort aussi des différentes interventions et des propositions formulées l’exigence d’intervention des salariés et des populations. Par exemple, un projet pourrait être soutenu par les salariés d’une entreprise (et leurs syndicats) ou la population d’une localité et ses élus.
L’intervention des représentants des salariés, des élus de terrain, formés et informés, dans toutes les instances où se prennent les décisions de financement pourrait être un axe fort pour la mise en place d’une autre politique économique de la région.

Un autre axe est aussi à privilégier. Compte tenu du nouveau positionnement des donneurs d’ordre qui ont tendance à transférer le secteur recherche et développement, les entreprises doivent pouvoir face à cette nouvelle donne. Le Conseil Régional pourrait être un élément fédérateur et favoriser les partenariats, sous des formes à définir, afin que les entreprises puissent répondre aux appels d’ordre.

Concernant l’accompagnement des entreprises et principalement des PME, la région doit pouvoir aider les entrepreneurs, toujours confrontés aux réalités du moment et souvent « le nez dans le guidon ». Des outils très performants existent, notamment à la Banque de France (Géode). Ces services étant payants, la région pourrait apporter son aide financière et logistique afin d’aider les entrepreneurs à avoir une vision prospective de leur activité. Ces outils leur permettraient aussi de bénéficier d’une aide à la gestion. Très souvent, des entreprises se trouvent en difficultés faute d’avoir anticiper certaines décisions. Ces aides ponctuelles pourraient s’avérer décisives dans certains cas, la région possède la compétence pour répondre à ces besoins.

En conclusion, l’accent est mis sur la co-élaboration d’un programme pour les élections régionales. Cette réunion entre dans le cadre de cette volonté car elle a permis d’écouter les principaux protagonistes sur leurs expériences et leurs attentes. En lien avec les propositions des candidats du Front de Gauche, elles servent de socle pour l’affirmation d’une volonté politique au service d’un développement économique soucieux de l’intérêt du plus grand nombre.


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