Campagne du Front de gauche :

Rencontre avec des viticulteurs de Vic-le-Comte

Vendredi, André Chassaigne était de passage à Vic-le-Comte. Accompagné de Maïthé Ballais ; il s’est arrêté au domaine de Lachaux, chez un viticulteur local réputé jusque dans les Coups de coeur du guide Hachette (2 étoiles pour son rosé de Corent et 1 étoile pour son blanc Chardonnay).


12 février 2010

Une douzaine de viticulteurs (dont une viticultrice) étaient venus spécialement de St-Julien-de-Coppel, St-Georges-ès-Allier, Gergovie, Blanzat, etc, pour évoquer durant une heure et demie les problèmes de la profession, mais aussi pour proposer des solutions.
Philippe Heyraud, président de la Fédération viticole du Puy-de-Dôme, Jean-Pierre Pradier, 2e vice-président également président du Syndicat d’appellation des Côtes d’Auvergne, et Paul Barbazanges, le dynamique animateur salarié de la Fédération, avaient fait le déplacement. Deux élus, adjoints aux maires de deux communes, étaient aussi présents dans l’assistance.

En préambule, André Chassaigne rappela qu’il suivait particulièrement les questions agricoles à l’Assemblée Nationale et qu’il avait participé au sommet de Copenhague.

Une profession confrontée à d’importants problèmes.

La première des inquiétudes est celle consécutive à la réorganisation du Service Régional de la Protection des Végétaux (SRPV), dépendant du ministère de l’Agriculture. Selon les viticulteurs, l’Etat fait des économies qui aboutissent à un véritable abandon d’un service public qui leur était pourtant très utile. Réduit à un organe de contrôle, ils sont contraints de s’organiser en conséquence avec leur Fédération, mais aussi de se fier aux seuls conseils des revendeurs de produits phytosanitaires, avec la crainte de se voir « forcer la vente ». La viticultrice pense que cette réorganisation serait plutôt liée à l’application du principe de précaution qui impose une séparation du conseil et du contrôle. Le député reconnait qu’en France la préoccupation des pouvoirs publics au niveau de la protection de la santé des citoyens ne pouvait être niée.
Toujours est-il que les coûts générés sont trop importants pour les producteurs auvergnats car le vignoble, avec ses spécificités, ne peut être comparé aux grandes régions viticoles (Beaujolais, Bordelais,...). De plus, contrairement aux agriculteurs, les vignerons ne perçoivent aucune aide européenne. Pourtant, la filière est importante au niveau de l’emploi, en amont comme en aval (fabrication des bouteilles et des produits, commercialisation), sans parler du rôle joué pour l’entretien des paysages.

Une maladie de la vigne mal traitée.

Le ESCA, une maladie de la vigne touchant l’ensemble des vignobles français, entraîne le dépérissement très rapide des ceps. L’absence de traitement efficace préoccupe énormément les viticulteurs. Leur Fédération a demandé au préfet de faire arracher les vignes abandonnées et d’éliminer ainsi une source de propagation, sans réponse à ce jour. Le souhait que la recherche prenne rapidement en compte ce problème a aussi été émis.

Une perception de l’Europe sans enthousiasme

Aux préoccupations d’un agriculteur sur l’Europe, les deux candidats du Front de gauche rappellent que le PCF et le NPA avaient appelé à voter NON au référendum sur le Traité de Lisbonne puis au Parlement. La libéralisation et la mise en concurrence qui y sont inscrites sont selon eux particulièrement néfastes, et seule la coopération aurait dû guider la construction européenne. Les viticulteurs sont unanimes pour regretter le manque de cohérence de l’Europe, citant l’exemple de l’Espagne qui autorise la commercialisation de produits phytosanitaires interdits à la vente en France.

Un décalage entre enseignement et réalité.

L’un des viticulteurs s’inquiète de l’enseignement agricole qui n’a pas suivi les évolutions de la société ou de la corporation. Par exemple, les élèves n’ont pas l’occasion de cultiver des parcelles bio pendant leurs cursus.
Jean-Pierre Pradier évoque ensuite le budget du Conseil Régional consacré à l’agriculture, dont une part est dédiée à la viticulture. Il regrette l’attribution des aides en fonction du chiffre d’affaire des exploitations, un choix fait au détriment des petits producteurs, totalement insatisfaits. André Chassaigne souligne que le Conseil régional ne devrait pas soutenir les politiques qui « tuent les petits », ajoutant que seule une concertation plus forte avec les professionnels permettra d’évoluer, avec la création de ponts entre recherche, environnement et production, par exemple. Cette proposition a été partagée par les viticulteurs.

Renforcer l’image du vin

La consommation de vin a fortement diminué du fait de la nouvelle législation, bien admise cependant par les professionnels du point de vue de la santé. La cave Saint Verny, à Veyre-Monton, peine à écouler ses stocks et, de ce fait, casse les prix du marché.
Pour les participants, il est indispensable de renforcer l’image du vin produit en Auvergne. Malheureusement, la Chambre Régionale d’Agriculture ne soutient pas suffisamment la filière. Avec les moyens attribués pour le Salon de l’Agriculture, les viticulteurs se sentent « ridiculisés ». Leur stand, de plus en plus petit chaque année, ne permet même plus de mettre en valeur leurs produits ! Ce qui les a d’ailleurs conduits à ne pas y participer cette année. Comme la Chambre d’Agriculture redistribue l’argent public, André Chassaigne estime qu’elle doit leur rendre des comptes et mieux les traiter. Pour sa part, Paul Barbazanges a proposé d’organiser une action concertée avec les autres filières pour promouvoir l’Auvergne.

Jean-Pierre Pradier, viticulteur en reconversion bio aux Martres-de-Veyre, parle de la notion de terroir dont les productions dépendent directement, et qu’il faut impérativement défendre et développer. A cette fin, le candidat à la direction de la Région a proposé de collaborer plus efficacement à l’avenir.

Les échanges furent mutuellement enrichissants et plusieurs viticulteurs reconnurent s’être déplacés parce qu’avec « Dédé » (André Chassaigne), « on a l’impression de pouvoir faire avancer les choses ». Celui-ci s’est dit convaincu que seul le travail collectif permettait de mettre en accord les actes et les paroles, citant l’exemple récent du projet de loi sur la garantie de rémunération des agriculteurs, préparé avec eux dans sa circonscription, présenté au bureau de l’Assemblée nationale, mais malheureusement rejeté par la majorité qui l’a toutefois reconnu intéressant. Regrettant que l’agriculture n’ait plus beaucoup de porte-parole, l’animateur de la Fédération s’est dit pour sa part heureux de constater qu’un élu s’intéresse autant à cette profession.
La rencontre s’est déroulée dans une très bonne ambiance et s’acheva par une dégustation des productions de l’hôte, en quantité modérée comme il se doit !

Info plus : la Fédération Viticole du Puy-de-Dôme regroupe environ 80 vignerons coopérateurs et une quarantaine de producteurs indépendants. La surface des exploitations va de 5 hectares (ce qui permet de faire vivre une personne) à une dizaine d’hectares.


Je contribue
La contribution

forum info modere