Réforme ferroviaire : :

Quel contenu ? quelles conséquences ? Quelles répercussions locales ?

En avant propos, après avoir servi de prétexte à François Hollande pour écraser la contestation sociale et se dérober à son obligation de dialoguer avec les syndicats professionnels, les lycéens ne sont pas arrivés plus en retard qu’en 2013 ! Par ailleurs, les abus de langage médiatiques et politiques diffusés à longueur d’antenne et sur toutes les ondes sont loin de faire vérité. Pourquoi n’est-il jamais abordé le contenu de la réforme ? Pourquoi ne parle-t –on jamais des voies qui ferment partout dans nos campagnes ? Pourquoi n’entendons nous pas parler de la grève des cheminots en Suède où 70% des suédois sont favorables au retour au monopole public depuis la dégradation du service suite à l’ouverture à la concurrence (retards de plus en plus fréquents, hausse des tarifs, sous-investissement, inégalités entre régions, …) ? Rencontre avec Pierre MIQUEL, secrétaire CGT Cheminot.


10 juillet 2014

Quel est le contenu du projet de loi ?
Il faut savoir qu’en 97, le système ferroviaire français a été scindé en 2 entités distinctes : Réseau Ferré de France (RFF), pour gérer les infrastructures et SNCF pour les exploiter. Déjà nous avions alerté sur la nocivité de division de l’entreprise en pointant l’absence de financement annexe de la dette, déjà conséquente. Par ailleurs, cette dette n’était pas structurelle mais bien contractée suite à l’aménagement de lignes à grandes vitesses. Aujourd’hui le gouvernement dit vouloir réunifier ces 2 structures en en créant 3 ! Le projet de loi vise à créer un groupe public industriel composé d’un établissement public (EPIC) « mère » nommé SNCF, et 2 « filles » : SNCF mobilités qui exploitera les trains, et SNCF réseau qui sera le gestionnaire d’infrastructure.

Quelles sont les conséquences de cette réforme ?
Alors qu’un système non financé est un système menacé, la seule visée de la loi est de réduire les investissements nécessaires, ce qui va se traduire par moins de trains, moins de guichets, moins de lignes, moins de cheminots, avec comme premier acte significatif, la suppression de 2453 emplois inscrits au budget 2014. Au final, c’est la qualité de service public pour les usagers (voyageurs et chargeurs) et les conditions de vie et de travail des cheminots qui seront la variable d’ajustement d’une réforme sans financement adapté. L’avenir de la SNCF se jouait par cette loi, à travers une réforme visant à libéraliser le rail français et à accentuer le désengagement de l’état sur l’aménagement ferroviaire du territoire. Et ce, afin de faire entrer à marche forcée la SNCF dans l’Europe de la finance pour favoriser l’ouverture à la concurrence.

Quelles seront les répercussions dans le Puy-de-Dôme ?
La menace de voir le réseau ferroviaire s’atrophier à grande vitesse est sérieuse. Plusieurs sections de lignes structurantes du réseau pourraient être fermées à court et moyen terme, faute d’entretien et d’investissement. Ainsi, les clermontois seront bientôt privés de trains directs vers Lyon, Bordeaux et Béziers. Pour la section Laqueuille/Ussel, partie intégrante de la ligne Clermont-Fd/Bordeaux, les dés sont jetés, sa desserte sera suspendue en juillet 2014 sans solution de substitution. La liaison Clermont-Fd/Millau et celle Clermont/St Etienne /Lyon via Thiers sont aussi menacés à court terme. Les voyageurs seront donc obligés de se rabattre sur des parcours plus longs avec correspondance et plus chers.
Faute de moyens humains et financiers, suite à un mauvais état des voies et aussi une multiplication des vices de forme importantes sur l’entretien des voies sous-traitées à des entreprises privées, le service rendu aux usagers va continuer d’être impacté : problèmes de sécurité, retards de plus en plus fréquents, tarifs de plus en plus élevés, fermetures des lignes, ...

Je termine aujourd’hui 9 jours de grève. Si je reprends le travail ce matin, ce n’est pas de gaîté de cœur, car nous n’avons pas gagné. Mais il faut admettre qu’après la fin des débats au parlement, nous n’avons plus le rapport de force suffisant pour obtenir de nouveaux reculs. Cette grève, juste et utile, de 10 jours a contraint le gouvernement à concéder quelques évolutions, toutefois insuffisantes. Il est resté arc-bouté sur son objectif initial visant à l’éclatement de la SNCF, en s’appuyant sur la signature d’un pacte sans aucune valeur juridique. Imaginant rassurer les cheminots en grève, le gouvernement a fait passer un amendement qui donne aux trois EPIC un caractère indissociable et solidaire (Art L. 2101-1). Ce point de ciment entre les trois EPIC est à mettre au crédit de notre action et de son relai par les députés Front de Gauche, mais il reste très fragile ainsi que très éloigné de l’intégration et de l’unicité réclamées. Si certains amendements apportent quelques bougés, d’autres durcissent clairement le texte vers un tournant extrêmement nocif. Cette action s’inscrit donc dans le futur et prépare d’ores et déjà les luttes à venir, tant dans qu’en dehors de l’entreprise. Stéphane FAUGERON


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