Une reportage sur Yvette MERCIER dans l'Humanité du 31 mars :

Porter la voix des salariés

Yvette Mercier, qui a passé trente-sept ans chez le manufacturier de pneumatiques, est aujourd’hui candidate pour le Parti communiste sur la liste du Front de gauche aux européennes de juin prochain.


1er avril 2009

JPEGDès ses premiers mots, son accent clermontois trahit ses origines. Yvette Mercier est auvergnate. Sa vie professionnelle porte un nom : Michelin. trente-sept ans d’usine. Quand elle a quitté la manufacture, son salaire d’employée culminait à 1 450 euros net. Aujourd’hui âgée de cinquante-neuf ans, elle est retraitée, tout comme son mari, lui aussi un ancien de Michelin. Signe des temps, leurs trois enfants taillent leur route loin du pneumaticien.

Aussi surprenant que cela paraisse, c’est chez « monsieur François », patron de droit divin d’une entreprise marquée par le paternalisme et qu’il voulait emprunte de « catholicisme, apostolique et humaine », qu’Yvette Mercier a forgé son engagement syndicaliste et communiste. Elle garde en tête l’acte qui l’a amenée à d’abord adhérer au PCF puis à se syndiquer à la CGT. Début des années 1970, dans les bureaux, les employées apprennent que les ouvriers se sont mis en grève. Deux femmes se solidarisent avec le mouvement. « Le lendemain, elles n’étaient plus là. J’ai pris conscience qu’il fallait se défendre. » Rares étaient et sont encore ceux qui acceptent de se présenter aux - élections professionnelles. Yvette se lance. Elle est élue déléguée du personnel. Au sein de la CGT, elle endosse des responsabilités, devient membre du Conseil économique et social de la région où elle « prend conscience de la masse d’argent public qui va aux entreprises sans que, pour autant, ces fonds soient contrôlés ».

Une vie très engagée qui n’était pas inscrite dans son patrimoine familial. « Je viens d’un milieu paysan, d’une famille de cinq enfants. Mon père était fermier jusqu’à ce qu’il entre à l’usine, à quarante-cinq ans. » Une rupture qui lui laisse quelques souvenirs amers mais qui n’efface pas les heureux moments de l’enfance. « Comme je n’étais pas bonne en maths, mon père m’emmenait avec lui quand il partait en forêt faire du débardage pour des papeteries avec son attelage de boeufs. Je devais « cuber le bois » : avec un décamètre sur le terrain, définir une surface, puis, en fonction du diamètre de chaque arbre, estimer le volume de bois à couper ». Moments privilégiés qu’elle évoque un large sourire aux lèvres.

Sourire toujours quand elle évoque la défaite de Valéry Giscard d’Estaing aux élections régionales de 2004. « J’étais une des candidats. Notre liste, autonome, était emmenée par André Chassaigne. Au second tour, en fusionnant avec la liste du PS, nous avons battu la droite. J’en tire une certaine fierté. Le lendemain, à l’usine, des gens qui ne m’avaient jamais parlé traversaient la rue pour venir me saluer. J’étais élue et je faisais partie de l’effectif. »

Son engagement, elle le dit et le redit, lui a « beaucoup apporté ». Les expressions « j’ai appris beaucoup de choses », « c’est très intéressant » scandent son discours. Mais ce qui la ravit plus encore, c’est de voir les gens prendre leurs affaires en main : « Je dis toujours à ceux qui discutent avec moi : ce que je fais, vous pouvez le faire. »

Michelin reste au coeur des réflexions d’Yvette Mercier. Trente-sept ans de boîte laissent des traces. Ainsi, « quand je vois un copain dont la voiture n’a pas des pneus Michelin, je lui fais la remarque : et ta sécurité ! » assène-t-elle, ne doutant pas que les produits des concurrents n’arrivent pas à la jante d’une création locale. Mais ce qui lui tient le plus à coeur, c’est l’avenir de l’entreprise et la sauvegarde des emplois. « Michelin a un potentiel de recherche très important. On dit que c’est l’entreprise aux mille brevets. Ce que je demande, c’est qu’on transfère ces technologies sur les territoires pour créer de l’emploi. Demain, on roulera avec des voitures qui ne ressemblent en rien aux nôtres. Le potentiel est important, Michelin doit mettre de l’argent là-dessus. »

L’Europe a, elle aussi, sa carte à jouer. S’appuyant sur l’exemple d’Airbus, Yvette Mercier appelle de ses voeux une mutualisation de la recherche entre entreprises privées (Michelin, Valeo, Heuliez, constructeurs…) et avec les laboratoires publics pour créer les véhicules écologiques et intelligents de demain. Mais, pour ce faire, dit-elle, « c’est important pour notre région qu’on ait au moins un élu au Parlement européen qui porte la voix des salariés, qui mette en cause le libéralisme. La concurrence libre et non faussée ne peut plus suffire. Je suis très enthousiaste pour le Front de gauche. » Demain, Yvette Mercier ira à la rencontre des salariés de Michelin à Bourges, au Puy… et à Clermont-Ferrand, bien sûr.

Yvette MERCIER participera au meeting du jeudi 2 avril à Gerzat


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