CARREFOUR :

Le financier, le salarié : l'heure des comptes et du démantélement

Jamais la financiarisation du système n’aura eu autant d’effets pervers sur le bon fonctionnement de nos entreprises et des salariés qui en sont les principaux acteurs. Jamais également le lien social n’aura été aussi distendu à l’instar des relations dégradées entre partenaires sociaux (ou adversaires c’est selon ! ) à l’image de la criminalisation en œuvre à l’encontre des représentants du personnel qui trouvent parfois écho dans la jurisprudence des tribunaux. Jamais ô grand jamais les bénéfices engrangés par les sociétés du CAC 40 au sortir de la crise ne seront aussi bien revenus aux seuls actionnaires ou mandataires des fonds de pension en lieu et place du personnel garant des bons résultats de ces mêmes entreprises. Mais au fait nous sommes-nous demandés s’il s’agissait bien d’une crise ?...


5 juillet 2011

Carrefour n’échappe pas à la règle qui veut « toujours plus avec toujours moins ». Ce cancer de nos sociétés modernes -le productivisme- dans son application dénoncée , analysée et commentée par plusieurs générations de marxistes jusqu’au moindre de ses ressorts voit aujourd’hui son aboutissement mortifère. Toujours plus d’autorité sur le lieu du travail, toujours plus de règles, de procédures, et au fond toujours moins de dialogue et de savoir-faire (professionnalisme). La bête insatiable dans sa quête de profit n’a pas suffisamment gouté au bonheur volubile de l’amoncellement des richesses. Alors elle place ses plus fidèles couteaux à la découpe : et voilà bombardé Lars Ollofson ancien directeur de Nestlé et sa cohorte de cadres dirigeants débauchés à prix d’or aux commandes de ce qui fut l’une des plus belles réussites françaises des années 70 (Carrefour). Pas même trois ans et l’entreprise est scindée en deux puis bientôt en trois : la branche la plus rentable Dia (hard-discount /865millions d’€ de chiffre d’affaires/50000 salariés) vendue aux marchés financiers qui ne tarderont pas à s’en emparer, l’immobilier de l’entreprise bientôt sur les marchés obligataires ; reste le parent pauvre, celui qui pourtant montra la voie mais eu peut-être une réussite trop insolente, les hypermarchés et supermarchés. Et revoilà cette « variable d’ajustement » du capitalisme : les salariés n’en subissent-t-il pas assez qu’on les prive du peu qui leur reste, un honnête travail certes mal payé mais qui leur conserve une dignité, une raison d’être supplémentaire aux yeux de leurs enfants.

A Riom 60 emplois ont été supprimés en 2010, les jours d’arrêts maladie sont passés de 2000 en 2008 à 3000 en 2009 puis à 4300 en 2010 ! Les chiffres en disent parfois plus long que de s’attarder sur ce qui est fait avec zèle par de fidèles exécutants chargés de mettre en place ces politiques. Les pouvoirs publics interviennent (inspection du travail, médecine du travail) à l’appel des élus du personnel qui ont diligenté une enquête sur le stress par un organisme externe à l’entreprise, et en l’absence de réponses aux questions que se posent les salariés deux expertises comptables afin de connaître la situation réelle de l’entreprise qui les préoccupe en individus responsables qu’ils sont. De nombreuses procédures devant la juridiction prud’homale (70 dossiers smic) témoignent de l’injustice qui touche ceux qui gagnent le moins dans cette entreprise.

Cette communauté de destins qui les unit dans le travail et le combat doit plus que jamais nous interroger sur le monde et l’état dans lequel nous allons le laisser aux générations futures. Sommes-nous destinés à redevenir esclave, deviendrons-nous une marchandise comme une autre ? Ou allons-nous relever la tête et montrer encore une fois au monde comme nous avons su le faire par le passé notre détermination, notre attachement aux valeurs humanistes qui sont les nôtres et nous remettre à rêver d’une société ou il fait bon vivre à vivre ensemble ?...

Connaissez-vous Lars Olofsson ?

Diplômé de sciences économiques après des passages remarqués aux States et en Suisse, ce Suédois de cinquante-neuf ans est le directeur général d’un des fleurons de la grande distribution, Carrefour, numéro deux mondial. À Paris, lors d’une assemblée générale pour le moins tendue durant laquelle salariés, syndicalistes et certains actionnaires ont exprimé leur mécontentement, Lars Olofsson, contesté, a pourtant obtenu les «  pleins pouvoirs  » pour mettre en œuvre une stratégie de « développement » qui tient en quelques mots : céder l’enseigne de hard discount, DIA, pour satisfaire les gros actionnaires…
Dans le concert mondial et stratégique de la haute finance, Monsieur Olofsson possède une grande qualité : il est un serviteur corvéable, zélé, de vrais boss. Et chez Carrefour, les deux principaux actionnaires, qui forment un véritable tandem, sont Bernard Arnault (patron de LVMH) et Sébastien Bazin (dirigeant du fonds Colony Capital). Pour eux, rien n’est décidément trop beau. Dans cette opération de début de vente à la découpe, les propriétaires de Carrefour espèrent tirer entre 3 et 4 milliards d’euros. Mais, pas de méprise. Carrefour, en tant que tel, ne percevra rien de ce pactole, qui alimentera exclusivement la holding commune au duo Arnault-Bazin. Bref, un joli bas de laine, symbole d’une ultrafinanciarisation des modes de gestion mis au service de la seule rentabilité…

D’où l’extrême colère des syndicalistes, réunis en marge de l’AG. L’un d’eux résumait la situation : «  Le gros problème chez Carrefour, ce sont les actionnaires, deux financiers qui rendent impossible la mise en œuvre d’une stratégie de reconquête efficace et qui n’ont qu’un objectif, retrouver leur mise de départ…  »

Avec la cession de DIA, que la plupart des observateurs considèrent comme une aberration financière et stratégique, les salariés s’inquiètent légitimement de l’avenir de leur société. Alors qu’en 2010, le groupe affichait encore près de 400 millions d’euros de bénéfices net pour un chiffre d’affaires de 90 milliards, près de 10 000 salariés sur 76 000 ont été sacrifiés en trois ans dans les seuls hypers.

Depuis des mois, jamais la tension sociale n’a atteint un tel degré d’incandescence au sein de l’entreprise, où se sont multipliés les arrêts de travail pour des augmentations de salaires… À ce propos. Le patron Lars Olofsson a touché l’an dernier 2,6 millions d’euros de salaire et 900 000 euros en stock-options.

Or il y a quelques jours, la justice a déclaré Carrefour Hypermarchés «  coupable  » de «  paiement par un employeur de salaire inférieur au minimum mensuel garanti  »… Cherchez l’erreur !


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