Témoignages photographiques du Front Populaire / 1934-1938 Exposition – Hôtel de Fontfreyde / Clermont-Ferrand :

La volonté du bonheur.

Jusqu’au 4 janvier, le centre photographique de Clermont-Ferrand accueille une exposition consacrée au Front Populaire, réunissant quantité de prises de vue d’époque, dues tant à des amateurs (une majorité d’œuvres sont d’ailleurs celles d’« anonymes ») qu’à des professionnels (Doisneau, mais aussi Willy Ronis, Robert Capa et d’autres moins célèbres mais non pas, en l’occurrence, moins importants).


Les années 1930 furent celles d’une expansion formidable de la photographie. La vie éphémère du Front Populaire fut donc bien « couverte », saisie dans d’innombrables clichés en noir et blanc, dont la qualité du grain demeure parfois stupéfiante (à commencer par ces images de foule où chaque visage semble s’individualiser du voisin). Ajoutons que Paris ne fut pas la seule ville gagnée par le mouvement populaire, ni la seule à être photographiée d’abondance. Quelques images clermontoises sont là pour nous le rappeler.

La leçon d’histoire, soudainement incarnée, rendue vivante par ces instantanés d’époque, est magistrale. Bien sûr, on le sait, l’histoire ne se répète jamais deux fois. Mais de l’immersion dans un temps à nul autre pareil peut au moins naître la réflexion sur la genèse et les conditions de réalisation des conquêtes sociales. Sur leur visage humain, également. Les premières photographies rassemblées nous rappellent que les jours heureux naquirent des heures sombres, que le Front Populaire surgit en 1934 d’une défense de la République (empêtrée dans le marasme économique et une crise tant morale que politique), de la paix et de la liberté, toutes choses menacées par les ligues fascistes. Les premiers aperçus révèlent ainsi des scènes de casse et de désolation laissées derrières elles par les manifestations factieuses du mois de février. Devant la gravité du danger, le Front Populaire se constitue progressivement, de 1934 à 1936, d’abord « par en bas », d’abord dans la rue. Graves, sérieux, les visages des militants révèlent la claire conscience de leur responsabilité historique.

Logiquement, l’exposition s’attardent ensuite sur le printemps et l’été 1936. Ce fut là le temps de l’espoir satisfait. Des clichés par dizaines rappellent la détermination inébranlable d’un mouvement populaire bien décidé à cueillir les fruits mûrs du progrès, à conquérir et non plus à défendre sans cesse, à gagner ces causes de la démocratie sociale que semblait promettre enfin, après un siècle de luttes, la victoire électorale du Front Populaire aux élections législatives de mai 1936. Le spectateur du monde désenchanté qui est le notre frissonne au spectacle offert par ces hommes et ces femmes dignes, debout, conscients de leurs gestes, tournés avec confiance vers l’avenir, certains d’y trouver le chemin du bonheur.

Ce sourire aux lèvres, même aux heures de dormir, de manger, de s’approvisionner, est déjà en soi une audace, une revendication. Les occupations d’usines sont festives (jeux, rires, bals). L’instant inouï des premiers congés payés les prolonge. Les visages rayonnent, irradient d’espoir, transportent, radicalement. L’engagement en lettres d’or.

L’histoire est ainsi faite qu’au temps des moissons fécondes succédèrent les frissons de l’automne, avant que ne tombent sur l’Europe les épais brouillards d’un terrible hiver. Les derniers clichés mettent en images les divisions de plus en plus fortes entre les trois composantes du Front Populaire. Socialistes, radicaux et communistes s’opposèrent rapidement, notamment autour de la question de la guerre d’Espagne. Les nouvelles et spectaculaires occupations d’usines, en 1938, derrière la CGT, furent veines. La dignité demeure. La volonté du bonheur aussi, qui s’entremêle pourtant d’un retour à la gravité soucieuse des visages en lutte.

Côme SIMIEN
Section Clermont-fd


Je contribue
La contribution

forum info modere