EUROPE :

La dictature des prêteurs d'argent

Il serait faux de croire que la Grèce est 
le seul pays européen sous l’œil de cyclope des marchés financiers.


5 mai 2010

On oublie 
qu’en décembre dernier, lors-que pour la première fois les agences de notation internationales ont baissé la note de la Grèce, dans le même mouvement elles dégradaient celle de l’Espagne. Le Portugal devait suivre 
peu après. Quelles sont les conséquences 
pour les intéres¬sés ? Ces agences ont 
un système com¬plexe de notation qui permet aux créan¬ciers de se faire une idée 
de la solvabilité du débiteur.

Plus la note est basse, plus le coût du financement, au travers essentiellement des taux d’intérêt, est élevé. C’est ainsi que la Grèce doit actuellement emprunter sur les marchés à 8,8 % pour les prêts à dix ans et même à 10 % sur les titres à deux ans et que le gouvernement d’Athènes, l’Union européenne et le FMI essaient d’imposer à son peuple un pro¬gramme d’austérité d’une brutalité sans nom.

Le problème en Europe est de savoir qui sera la prochaine victime de ces prédateurs qui réalisent des fortunes considérables sur la misère des peuples. Un article du Monde daté du 23 mars semblait indiquer que du côté de l’Élysée, on craignait de tirer la mauvaise paille. Le journaliste rapportait ce propos prêté à un proche de Nicolas Sarkozy : « La France perdra toute influence 
si elle perd sa note AAA… C’est pour cela que 
la réforme des retraites sera de grande ampleur. » La puissante Allemagne elle-même essaie 
de donner des gages aux agences de notation et aux marchés financiers. Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a déclaré : « 2011 sera une année difficile, mais ce ne sera pas la plus difficile. Le mécanisme de résorption de la dette nous rend la vie plus difficile d’année en année. » Et de préciser : « Pour résoudre le problème, 
il faut absolument réduire les dépenses ou du moins dans certains cas les laisser augmenter seulement très modérément. » Le cadre est 
ainsi tracé également pour le peuple allemand.

Face à cette dictature des prêteurs d’ar-gent, que peut-on opposer ? Certains, dans la gauche française, demandent que les spéculateurs soient traînés devant les tri¬bunaux. Certes, 
mais cela ne rapporterait pas un kopeck 
aux finances grecques. Daniel Cohn-Bendit propose pour sa part d’offrir à la Grèce un grand emprunt européen. Mais qui donc le financerait, ces mêmes marchés qui mettent la Grèce 
à genoux ?

L’Europe ne s’en sortira pas 
si elle n’entreprend pas une réforme radicale 
de ses institutions afin que la BCE joue 
un autre rôle et contribue au financement 
des dépenses publiques utiles. Cela suppose de couper le cordon ombilical qui la lie aux marchés financiers


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