Front de Gauche :

La candidature d'André Chassaigne

« Reprenons nos vies en mains. » Pour le député communiste du Puy de Dôme, André Chassaigne, cet objectif doit devenir une « ambition politique collective » qu’il se dit prêt porter dans le cadre de la présidentielle. Le député publie un livre pour la rentrée dans lequel il avance des pistes de réflexion pour un projet associant la défense de notre environnement et le progrès social. Entretien.


24 septembre 2010

Comment réagissez vous aux deux journées d’action du 4 et 7 septembre ?

Ce sont deux événements importants dont chacun d’entre nous dois se réjouir. Ces deux journées d’action marquent en effet une forte volonté des classes populaires. D’une part de ne plus être les payeurs de cette nouvelle crise. Et dans le même temps, elle s indiquent une volonté de se réapproprier les grandes questions politiques, avec des exigences fortes : quelle société pour vivre ensemble ? Quel partage des richesses, notamment pour garantir la retraite ? Si je me réfère à tous les gens que je rencontre sur le terrain, je peux dire qu’il existe réellement une volonté nouvelle de peser sur le cours des choses. Ces dernières années, on analysait la période que nous vivons comme celle d’une soumission généralisée, où tout le monde encaisse les coups les plus durs, portés par la droite au pouvoir, sur l’emploi, les salaires, les pensions, le temps de travail,…
Aujourd’hui, je sens clairement la volonté d’agir pour dire stop ! On court à la catastrophe sociale et humaine. De plus en plus nombreux sont celles et ceux qui me disent qu’il faut imposer de nouveaux liens sociaux entre les individus et un modèle de développement différent. Lorsque je discute avec un ouvrier dans une manifestation, il est clair qu’il est là parce qu’il prend conscience que son engagement personnel au sein d’une action collective a des conséquences sur son propre devenir et de plus en plus sur le devenir de ses semblables. Le sentiment de vouloir reprendre sa vie en main devient fort. C’est un élément politique nouveau.

Que voulez-vous dire par reprendre le contrôle de sa vie ?

Du cadre supérieur à l’ouvrier ou la caissière de supermarché, les gens ont l’intuition et font l’expérience que, dans ce système, les choses fondamentales qui font la vie leur échappent. Qui est sur d’avoir encore du travail demain ? Qui peut dire que ses enfants auront un avenir positif quels que soient les efforts qu’ils feront ? C’est d’autant plus insupportable que les moyens ne manquent pas pour assurer à chacune et chacun un avenir, pour peu qu’on cesse de nous sacrifier au nom du profit. Les gens ont besoin de se réapproprier leur vie. Ils doivent pouvoir peser sur le cours des choses. La bataille contre la réforme des retraites s’inscrit dans cette démarche. La retraite, c’est une revendication de bien être. Un salarié qui exige une retraite à 60 ans le fait non seulement parce qu’il a besoin de repos, non seulement parce que cette dette de la société pour la force de travail qu’il a fournie, pour les richesses qu’il a créées, mais aussi parce qu’il s’agit d’un choix de vie au cœur de la conception qu’il a de la société. Grâce à la retraite, il va pouvoir s’occuper de sa famille, de ses petits enfants. Participer à des œuvres collectives … Ce n’est pas un apport marchand. C’est un apport au vivre-ensemble. Ce désir de reprendre le contrôle des a vie se manifeste également au travers de la participation à la voie associative, de mobilisation autour des questions environnementales, d’un engagement dans l’éducation populaire …

Vous parlez d’une volonté de « peser sur les grands choix politiques ». Où en sont le PCF et ses partenaires du Front de Gauche en termes de programme politique ? Votre livre donne t’il des pistes ?

Dans mon livre, j’essaie de traduire ma façon de concevoir l’action politique. Avec cet enjeu prioritaire : construire en commun un projet de transformation sociale. Un nouveau mode de développement respectant l’individu et son environnement doit être au cœur de ce projet. Mais il faut associer le plus grand nombre, concrètement, sur le terrain. Il faut réellement faire appel à la conscience des gens, à leur expérience, à leur intelligence, à leur savoir faire et à leur engagement. Méfions nous des grandes réponses grandiloquentes et fourre tout … c’est un danger. Si nous voulons apporter des réponses aux problèmes des classes populaires, nous devons partir de leur quotidien et des attentes qu’elles expriment.

Ce qui ne vous empêche pas de proposer des pistes de réflexion dans votre ouvrage …

Cet ouvrage est le fruit de mon expérience sur le terrain, et donc celle aussi de tous ceux avec qui je travaille chaque jour. J’y souligne le lien fondamental entre les luttes sociales et la défense de l’environnement. Par exemple, nous fixons des objectifs en matière de limitation des émissions de gaz à effet de serre. On sait combien le transport routier est polluant. Sans contestation aucune, le développement du transport de marchandises par voie ferroviaire est donc une bonne réponse à ce problème. C’est pourtant la politique inverse que pratique le gouvernement, et elle a des conséquences sociales. En s’attaquant au fret SNCF, on passe une partie du transport de marchandises au privé, à des entreprises routières, mais aussi désormais ferroviaires, qui forgent leur rentabilité sur des salaires compressés et des conditions de travail sacrifiées. On a là, concrètement, une démonstration du lien entre les questions environnementales et les questions sociales. Quand on s’attaque à l’environnement, ce sont toujours les plus démunis qui en sont les premières victimes : ce ne sont pas eux qui iront ses ressourcer sur une île privée au milieu de l’océan indien comme madame Bettencourt ! Lorsque l’alimentation perd en qualité, les premiers concernés sont les plus bas revenus. Lorsqu’il n’existe pas de transports collectifs accessibles à des prix abordables pour se rendre au travail, les salariés les plus modestes en souffrent les premiers. Si on abandonne la distribution de l’eau et de l’énergie au privé, les augmentations de tarifs destinées à augmenter les profits frappent davantage les moins bien lotis. Quant à la pollution urbaine, elle épargne davantage les zones résidentielles de standing que les quartiers populaires. Ne nous laissons donc pas duper par l’esprit de Grenelle porté par le gouvernement. Il fait tout pour dissocier la question écologique de la question sociale. Il fait semblant de considérer que l’écologie politique n’est pas liée aux choix des modes de production et de développement économique. C’est une tromperie.

Vous êtes considéré comme un possible candidat communiste dans le cadre du Front de Gauche …

Tout d’abord, je veux préciser combien je suis attaché à une candidature commune du Front de Gauche pour l’élection présidentielle. Partant de là, comme le Front de Gauche est composé de plusieurs courants, il y a plusieurs candidatures possibles, susceptibles de porter un projet partagé et populaire, qu’elles soient issues des différentes formations du Front de Gauche ou du mouvement social … Mais aucun candidat ne s’impose a priori. Je l’ai précisé à l’instant, qui dit Front dit ensemble de différences. Chaque formation, comme chaque individu, a sa personnalité, ses priorités. La famille politique que je représente à des idées originales. Parmi ses propriétés, figurent notamment la question sociale et celle de la participation active du monde du travail à un nouveau type de développement durable. Nous voulons être les porteurs et les passeurs des exigences populaires. Eh bien, cette sensibilité là a besoin de s’exprimer et d’être entendue. Pour moi, il n’y a pas de femme ou d’homme providentiel. Je crois au travail collectif, à l’élaboration collective. Je crois aussi aux engagements individuels respectés. Mais le régime présidentiel privilégie et polarise suer la parole individuelles. Ce n’est pas notre choix, mais pour autant nous ne seront pas absents sur ce terrain là, car nos idées et nos conceptions démocratiques valent d’être connues. Elles enrichiront le débat général et le débat au sein du Front de Gauche lui-même.
Quant à la désignation du candidat qui portera le projet social et écologique ambitieux et réaliste, elle doit être l’occasion d’un débat ouvert, transparent, sans apriori, entre les différents acteurs du Front de Gauche et au delà, du mouvement social.
Tout cela, c’est indispensable pour créer un rassemblement le plus large possible et porter au mieux le projet partagé que nous allons élaborer ensemble. Lors du congrès du PCF, je suis intervenu dans ce sens. Je me suis déclaré disponible pour faire avancer une conception que j’ai du rassemblement, et qui a donné de bons résultats dans l’intérêt des électeurs, notamment aux dernières régionales. J’essaie d’ailleurs d’analyser concrètement pourquoi la liste Front de Gauche, que je conduisais, a fait 19,75% dans le département du Puy de Dôme, comment nous avons pu être en tête dans si nombreuses communes rurales, doubler nos voix à Clermont Ferrand, dépassant les 13%. La réponse est certes dans une pratique collective et populaire de la politique. Mais il faut réfléchir ensemble pour tirer les conséquences de ce succès collectif.

Dans un récent article dans le journal « Le Monde », votre candidature était annoncée mais le commentaire précisait qu’elle n’irait pas au bout.

Je n’ai pas l’habitude de faire de la figuration. J’ai clairement déclaré au congrès du PCF que j’étais disponible pour être candidat. Mais j’insiste : pour être le candidat du rassemblement, d’un grand rassemblement. Je le fais nourri de mon expérience, et avec une volonté particulière : la volonté de faire grandir un mouvement au sein de la gauche, allant bien au delà du PCF, et pour que soit désigné un candidat qui soit différent de ce que l’on a pu voir. Quant aux commentaires de la presse que vous évoquez, je les trouve totalement inadéquats. D’une part c’est bien mal me connaître, et m’attribuer un rôle de potiche fera sans doute rigoler toutes mes connaissances et rire jaune les candidats de droite que j’ai affronté et battus lors des différents scrutins électoraux.
Il ne s’agit pas pour moi de faire semblant, mais de démontrer que le candidat du rassemblement peut tout aussi bien être communiste que non communiste ou encore issu du mouvement social. Il s’agit avant tout de travailler à sortir les français de la situation sociale et morale dramatique dans laquelle le libéralisme les a plongés. Enfin, le journal que vous citez l’a sans doute oublié, mais aux élections régionales, ce sont les têtes de listes communistes qui ont le plus rassemblé.
Je pense qu’il va falloir clarifier au plus vitre notre façon de choisir le candidat Front de gauche pour la présidentielle de 2012. En 2007, on a malheureusement oublié l’essentiel : la forte attente populaire pour une candidature de rassemblement. Aujourd’hui nous devons nous méfier de l’illusion médiatique qui nous détachait des préoccupations réelles des classes populaires et ne prendrait pas en compte l’attente de quelque chose de nouveau et de différent pour le porter.
Refusons d’être réduits à être des machines à produire des profits pour une minorité d’actionnaires et au détriment même de l’avenir de notre planète. Reprenons nos vies en main, travaillons au bien commun, retrouvons le sens du partage. C’est cette ambition politique collective que je suis prêt à porter. A nous tous, nous devons l’imposer dans le cadre de la prochaine présidentielle.


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