La Fédération PCF du Puy-de-Dôme devant la guerre d’Algérie :

Le PCF s’est engagé, de 1958 à 1962, pour la paix en Algérie et pour son indépendance. Le 25 janvier 1961, soit dix-huit jours après le référendum sur l’autodétermination de l’Algérie, le secrétaire fédéral du PCF dans le Puy-de-Dôme, Pierre Bot, écrit une lettre à différentes forces politiques, syndicales et associatives engagées pour la paix en Algérie. Cette lettre nous permet de préciser les positions de la fédération sur ces questions.


13 janvier 2014

Lors de cette consultation, les communistes ont appelé à voter ’’NON’’. Pierre Bot en rappelle les raisons : de Gaulle est favorable au OUI mais prend pourtant « des mesures […] qui vont à l’encontre de la négociation et de l’autodétermination ». Le vote ’’NON’’ des communistes est donc une condamnation d’un plébiscite qui n’aurait d’autre objectif que de renforcer le pouvoir personnel du Président. Le NON doit également permettre d’exprimer le désaccord du PCF à la non reconnaissance, par le gouvernement de la légitimité du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA), bras politique du Front de Libération Nationale (FLN) depuis 1958. Si, pour Pierre Bot, il est urgent « d’aboutir à la paix en Algérie par la négociation », c’est bien avec le GPRA qu’il convient de négocier pour y parvenir, dans la mesure où il représente « le peuple algérien et son armée ». En exigeant pour tout préalable une capitulation des combattants algériens avant d’entamer les négociations et en refusant de discuter avec le GPRA, de Gaulle annihile de fait tout espoir de paix. Voter OUI c’est donc accepter que la guerre s’éternise.

Les résultats du vote ont révélé une augmentation significative du vote NON par rapport au dernier référendum sur l’autodétermination, en 1958 (le OUI recule de 2,5 millions de voix dans le pays, de 42300 dans le département). Et Pierre Bot de remarquer que « le nombre [de votes NON] et leur pourcentage ont augmenté, principalement dans les centres industriels et les villages où l’influence du Parti Communiste est grande ». Par ailleurs, Pierre Bot analyse la progression de l’abstention comme un « désaccord avec la politique gaulliste » ou à une « hésitation » des citoyens, illustrée encore par les bulletins nuls sur lesquels on pouvait lire « oui à la paix » ou « non à la Guerre ». Dans le Puy-de-Dôme, l’abstention a augmenté, dépassant même légèrement les chiffres nationaux.

Au lendemain de cette consultation, la fédération du PCF s’efforce de faire de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie un combat élargi, populaire et unitaire. En effet, par cette lettre, le secrétaire fédérale invite dix-huit forces favorables à la paix en Algérie, qu’elle aient appelé à voter NON (Parti Socialiste Unifié, CGT…) ou OUI (SFIO, Parti Radical), à se rencontrer le 8 février 1961 à la Maison du Peuple, afin de développer ensemble des actions allant dans ce sens. Au final, huit d’entre elles seront effectivement présentes lors de la réunion (PSU, CGT, AGEC, UFF, UJCF, ARAC, Union Progressiste, Mouvement de la Paix).

Thibault CHAMPROBERT
Jeune communiste
Etudiant en Histoire

Clermont-Ferrand, le 25 Janvier 1961

Après le referendum du 8 janvier, plus que jamais le problème principal qui se pose au peuple de France est d’aboutir à la paix en Algérie par la négociation.
Les « NON » pèseront d’un poids sensible pour imposer la négociation. Leur nombre et leur pourcentage ont augmenté, principalement dans les centres industriels et les villages où l’influence du Parti Communiste est grande. Les Ultras ont subi un échec. L’autorité de de Gaulle est en recul : il perd deux millions et demi de ‘’OUI’’ malgré le soutien de toutes les principales forces réactionnaires. Il perd, dans notre département du Puy-de-Dôme, 42368 « OUI » et n’atteint ici que 48,6% des inscrits, c’est à dire même pas la majorité.
Un grand nombre d’électrices et d’électeurs ont cru voter pour la négociation en votant ‘’OUI’’. D’autre, en désaccord avec la politique gaulliste […] se sont abstenus.
Les résultats en Algérie confirment ce que le les manifestations du 11 décembre avaient mis en évidence : le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne représente bien le peuple et son armée, ce qui le désigne comme l’interlocuteur d’une veritable négociation de paix.
Mais le pouvoir gaulliste prend des mesures qui ne tiennent compte ni de la volonté du peuple français, ni de la réalité algérienne, des mesures qui vont à l’encontre de la négociation et de l’autodétermination. Ainsi apparaissent plus clairement les buts de guerre de de Gaulle, identiques sur le fond à ceux de la réaction ultra ; maintenir l’Algérie en état de dépendance. […]
Le général de Gaulle parle de la « confrontation » de toutes les tendances après que les Algériens auront déposé les armes. Cette « confrontation », tout comme les autres projets de « table ronde », repose sur l’exigence d’une capitulation préalable des combattants algériens et sur le refus de discuter avec le GPRA des garanties de l’autodétermination. Déjà une telle exigence et un tel refus ont empêché les pourparlers de Melun d’aboutir à la négociation de paix. […]
Dans de telles conditions, il nous apparait que seule l’action populaire peut parvenir à exiger du pouvoir que celui-ci s’engage sur la seule voie possible pouvant conduire à la paix : la négociation avec le GPRA.
Pour que cette action se développe le plus largement possible, l’accord de toutes les organisations, partis ou mouvements qui se sont prononcés pour la paix en Algérie nous parait souhaitable.
C’est pour quoi nous avons cru devoir prendre l’initiative d’organiser une rencontre de délégués des dites organisations et de vous convoquer pour le Mercredi 8 Février 1961 à 18h30, dans une salle de la Maison du Peuple. […]
Pierre BOT


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