Européennes 2014 :

Interview de Jean-Christophe CERVANTES

Les élections européennes vont se dérouler dans un contexte totalement inédit : celui d’une crise économique et sociale généralisée mais aussi celui d’une crise profonde de la légitimité de l’Union européenne et ceci dans tous les pays qui la composent. Rencontre avec Jean-Christophe Cervantès, candidat du PCF - Front de Gauche dans la circonscription Centre-Massif Central.


16 mai 2014

Comment parler d’Europe dans ce contexte ? Et quel rôle peut jouer la France ?

Face aux conséquences sociales et économiques désastreuses des politiques d’austérité qui épargnent toujours plus les rentiers et les plus riches et mettent en concurrence les travailleurs européens, je comprends la colère, la défiance et la crise de légitimité qui s’expriment, surtout lorsque l’on sait que 26 millions d’européens sont au chômage, qu’1/4 vivent en dessous du seuil de pauvreté et qu’il a été possible de trouver des milliers de milliards d’€ pour sauver les banques sans aucune contrepartie. Néanmoins, il ne faut pas tomber dans le piège des fausses bonnes solutions, comme le rétablissement des frontières ou le boycott des élections européennes.

J’entends aussi souvent dire, « l’Europe est loin », pourtant elle est partout : dans notre porte monnaie, sur les notices de nos machines à laver, dans nos assiettes, c’est aussi notre agriculture, nos trains, notre économie, …
La France n’est pas isolée pour se battre contre les politiques d’austérité. Elle est un grand pays, moteur en Europe et 2ème puissance économique européenne, elle est suffisamment forte pour engager le combat dans l’UE pour sa transformation.

Comment comptez-vous refonder l’Europe ? Et quelles mesures pourraient être prises rapidement ?

Pour pouvoir refonder l’Europe sur de nouvelles bases, il faut d’abord rompre avec l’Union Européenne actuelle et ses fondements que sont les traités négociés en secret par les gouvernements et ratifiés sans que les peuples ne soient consultés, quand ce n’est pas contre eux, comme l’ont montré les suites du non français au référendum de 2005.

Que ce soit le traité de Lisbonne ou le récent Traité sur la stabilité la coopération et la gouvernance (TSCG), ils organisent le dumping social et fiscal, ils imposent des politiques d’austérité permanente et excluent les politiques économiques et sociales du débat public et de la décision citoyenne. Ce sont à ces traités et plus largement à leur logique qu’il faut désobéir pour pouvoir se libérer du carcan austéritaire.

Nous voulons une union des peuples et des nations, souverains, libres et associés. Nous voulons redonner le pouvoir aux assemblées élues et permettre l’intervention citoyenne à tous les niveaux et toutes les décisions.

Il faut aussi sortir de la financiarisation de l’économie et de la soumission aux marchés financiers. La Banque Centrale Européenne doit prêter directement aux Etats. Aujourd’hui, c’est une banque privée qui emprunte à la BCE autour des 1%, et qui va ensuite prêter aux Etats à différents taux : 3% pour la France, 7 % pour l’Italie et l’Espagne et la Grèce a vu son taux d’intérêt atteindre plus de 20% ! Rien que ce changement de rôle et de mission de la BCE aurait un impact certain sur les comptes des Etats !

C’est quoi le Grand Marché Trans’Atlantique ?


C’est un projet d’accord de libre échange entre l’Union européenne et les États Unis qui destabiliserait nos industries, nos cultures, nos agricultures. Il permettrait l’arrivée en Europe de produits ne répondant pas à nos normes sociales, sanitaires ou environnementales. C’est particulièrement vrai dans le domaine agricole : on pourrait voir du bœuf aux hormones, des poulets à l’eau de javel et OGM dans nos assiettes.

Par ailleurs, il acte le principe du recours à des tribunaux d’arbitrage privés, ce qui est simplement une remise en cause insupportable de la souveraineté juridique des Etats aux profits du capital financier transnational. Ces tribunaux permettraient par exemple aux multinationales d’attaquer les Etats ayant adopté des législations contre les OGM et contre l’exploitation des gaz de schistes et autres hydrocarbures non conventionnels. C’est pourquoi nous exigeons du gouvernement français la fin des négociations en cours et la tenue d’un référendum sur ce GMT. Plutôt que des accords de libre échange à la mode rapace, nous voulons des coopérations avec le reste du monde.

Quelles sont vos propositions pour l’agriculture ?


Face à la détresse de nombreux exploitants agricoles sur notre territoire, mais aussi face au défi alimentaire, il est temps de mettre en œuvre une politique agricole répondant aux besoins humains, garante d’une alimentation de qualité, diversifiée et accessible à tous. Cela implique de garantir des prix rémunérateurs, de planifier la production, de réguler les marchés, de préserver les terres agricoles et les mers, de soutenir équitablement les exploitations et les filières les plus fragiles.

Concrètement, nous continuerons de nous battre pour une Politique Agricole Commune refondée, priorisant d’abord les petits exploitants et non plus les importants. Nous porterons aussi à nouveau un amendement plafonnant à 50 000€ les aides agricoles contre 500 000€ aujourd’hui. Nous proposons une convention internationale contre la spéculation sur les biens alimentaires, nous voulons la constitution de stocks européens de sécurité et la mise en place d’outils économiques encadrant les marges et politiques de la grande distribution. Face aux risques climatiques, il est aussi essentiel de protéger les activités du vivant par un système d’assurance mutuel calamités.

Quels sont les autres enjeux de ces élections ?


Au nom du business, on ne peut pas abandonner nos territoires, couper les lignes ferroviaires, limiter la mobilité, les déplacements et au final rompre le lien social. Nous voulons pour l’Europe, un retour aux valeurs de solidarité, de démocratie et de cohésion sociale.

Nous voulons une Europe qui garantisse le droit à la maternité choisie, qui respecte les droits humains et poursuivre des actions pour que toutes les femmes en Europe aient accès à une contraception et à un avortement libres et gratuits.

Les questions économiques, politiques, celles de la paix et du rôle de l’UE dans le monde ne peuvent se résoudre à l’asservissement aux USA au travers de l’Otan et du marché transatlantique ou au repli identitaire en fermant nos frontières.

L’enjeu majeur de ces élections, c’est aussi de sanctionner la politique d’austérité à l’échelle européenne et ceux qui la mettent en œuvre. Mais cette sanction ne doit pas se faire au profit de ceux qui veulent plus d’austérité comme l’UMP ou moins de solidarité entre les peuples comme le FN.

Le vote Front de Gauche permet d’exprimer, à gauche, le refus de l’austérité et le besoin de changer la politique menée en France et en Europe.

Il est d’ailleurs possible que le groupe GUE, dont nous faisons partie avec Alexis Tsipras et Syriza, Izquierda Unida en Espagne et 25 autres formations politiques en Europe, sorte renforcé de cette élection et devienne la 4e, voire la 3e force politique au parlement européen.


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