Européennes 2014 - Meeting 6 mai 2014 - Clermont-fd :

Intervention de Jean-Christophe CERVANTES

Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades,

Que ça fait plaisir de voir le Front de gauche, ce soir rassemblé, dans cette salle de Polydôme où nous avons, depuis 2009, organisé ensemble un bon nombre de nos meetings. Oui c’est plaisant de voir, malgré les débats de ces deniers mois, que nous avons encore envie d’avancer ensemble, d’agir ensemble.
Il était urgent et important, que le Front de gauche soit pleinement présent au vu des dangers qui pèsent sur l’avenir de l’Europe et de la gauche.

Les enjeux sont tellement énormes, que nous avions le devoir de nous rassembler pour lutter contre les carcans de cette Europe libérale qui étouffent les peuples de notre continent depuis tant d’années !
Certains et certaines appellent d’ores et déjà à boycotter l’élection. Ils et elles appellent les français et les françaises à partir à la pêche ou à la plage pour la journée du 25 mai.


16 mai 2014

Non pas que les activités dominicales soient déplaisantes, mais c’est tout de même faire preuve d’irresponsabilité politique que de prôner ouvertement l’abstention !

Nous l’avons vu les 23 et 30 mars dernier au moment des municipales.
L’abstention est mortelle pour la démocratie mais aussi et surtout pour la gauche et pour toutes celles et tous ceux qui construisent au quotidien des alternatives au libéralisme.

L’abstention sert avant tout les intérêts du camp adverse, celui de la droite, celui du capital, celui des pires réactionnaires.

Au Front de gauche, les communistes disent justement le contraire !
Pour en finir avec l’austérité, pour rompre avec le massacre économique du capitalisme au niveau européen et pour refonder l’Europe, il faut voter massivement le 25 mai.

Il faut s’emparer des débats et des enjeux qui traversent l’Europe toute entière. Vous le savez, les dangers de voir les forces rétrogrades dominer le parlement européen sont réels.

Imaginez l’Europe avec, demain, un parlement aux couleurs brunes et aux odeurs fascistes. Imaginez une Europe où le repli, le rejet de l’autre et le recul des droits guideraient les politiques du parlement européen. Imaginez aussi une Europe où on amplifie la concurrence libre et non faussée. Imaginez une Europe entièrement soumise aux intérêts des grandes transnationales, comme le prévoit notamment le traité sur le Grand Marché Transatlantique.

Ces modèles d’Europe nous n’en voulons pas ! Nous ne voulons plus de l’Europe libérale dans laquelle nous sommes.

Oui, il faut voter et faire voter pour envoyer au parlement européen des député-e-s combatifs, ouverts, qui soient les relais des aspirations populaires.

Des députés européens qui aient le courage d’affronter les logiques de l’austérité imposées par la commission européenne et les marchés financiers.

Toutes nos candidates et tous nos candidats sont volontaires pour relayer activement les colères sociales, les luttes pour la défense de l’emploi, pour la ré-industrialisation de nos territoires.

Nous voulons en finir avec ces logiques mortifères qui portent comme un dogme indépassable les valeurs de rentabilité et de concurrence à tous crins.

Il n’y a qu’à regarder l’actualité ces derniers jours pour voir combien le libéralisme n’en finit plus d’attaquer les droits des travailleurs, les droits de jeunes, les droits des femmes partout en Europe.
Regardez Alstom ! Cette entreprise illustre comme un cas d’école que la rapacité des actionnaires et leur soif de profits est incompatible avec l’intérêt général.
Alstom est une vraie entreprise industrielle qui a fait de la France un modèle dans les domaines de l’énergie et des transports.

Avec le TGV, mais aussi et surtout avec le matériel TER, Alstom est un fleuron qui pourrait être en plein essor, s’il n’était pas plombé par la rentabilité et l’appât du gain imposé par Bouygues !
Comment peut-on imaginer que l’Etat français puisse céder aux sirènes libérales en regardant, sans bouger le petit doigt, s’opérer de grandes manœuvres boursières pour démanteler et vendre à la découpe l’entreprise ?

Si l’Etat donne carte blanche à Bouygues pour le rachat de la branche énergie d’Alstom par quelque entreprise transnationale que ce soit, il pourra alors être accusé de non-assistance à industrie en danger !
Il serait effectivement suicidaire pour les salariés, pour l’appareil productif national et pour les territoires de capituler devant les assoiffés de profits que sont Général Electric ou Siemens.

Quel gâchis, alors qu’Alstom est riche d’un savoir-faire unique et dispose d’un carnet de commandes rempli à 5 ans, estimé à 53 milliards d’euros ! Les secteurs stratégiques des transports ou de l’énergie ne peuvent plus dépendre des grands groupes privés. Il faut aujourd’hui que le gouvernement tourne enfin le dos aux actionnaires et aux vautours de la finance, en ayant enfin le courage de sauver et de développer notre industrie en nationalisant des entreprises comme Alstom !
Ce n’est pas en poursuivant et en amplifiant les orientations des gouvernements précédents que nous pourrons retrouver une indépendance industrielle au niveau national et européen. Ce n’est pas en appliquant à la lettre les injonctions des agences de notation et de la Commission européenne que nous retrouverons le chemin d’une véritable relance économique.

Le cas d’Alstom est donc symptomatique de ce que peut engendrer le capitalisme en termes de destructions et de désespoirs.
Et le 25 mai, ce que nous voulons, c’est envoyer un message clair pour mettre fin aux politiques d’austérité qui font souffrir tant d’hommes et de femmes sur tout notre continent !

La politique libérale de ce gouvernement est un échec ! Elle nous amène droit dans le mur.

Le plan d’austérité annoncé, au lendemain du deuxième tour des élections municipale, est un véritable affront contre toutes celles et tous ceux qui sont aujourd’hui déçus, désemparés et qui ont souhaité dire stop à l’austérité et au libéralisme !

Nous n’avons pas mis à la porte Sarkozy et sa clique pour installer une gauche résignée et entièrement soumise aux intérêts de la finance !
Et deux ans après, où est le véritable changement ?
La casse de notre modèle social, des solidarités et des territoires se poursuit à toute vitesse en imposant l’austérité à tous les étages de notre société !

Le pacte de responsabilité va se concrétiser par 30 milliards d’euros de cadeaux versés aux entreprises sans aucune contrepartie.
Pour financer cette politique, le gouvernement s’apprête à réaliser pas moins de 50 milliards d’euros d’économies sur la dépense publique !
10 milliards seront directement arrachés des caisses des collectivités territoriales.

Pourtant, saviez-vous que la dette de ces collectivités ne pèse qu’à peine 9% de la dette publique ?

La droite ne s’y serait pas pris autrement pour démanteler le territoire national et asphyxier les Régions, départements, EPCI et communes !
Nous sommes inquiets par les annonces de fusions de régions d’ici 2017 et la suppression de l’échelon départemental.

Le gouvernement veut couler notre pays dans le moule d’une Europe fédérale fondée, non plus sur des Etats-nations, mais sur de grandes régions où serait concentré l’essentiel des richesses.
Une telle organisation territoriale est lourde de danger, tant elle remet en cause l’égalité de traitement entre les territoires ruraux et les zones urbaines.

Avec la création des métropoles dans la loi de janvier 2014, l’Etat souhaite parachever un projet ultralibéral pour les territoires.
En supprimant les départements, en dépossédant les communes de leurs compétences ou en dessinant une dizaine de grandes régions, ce sont les centres de décisions qui sont éloignés de nos concitoyen-e-s.
La volonté est de créer de grandes collectivités afin de concentrer sur les territoires les plus attractifs l’essentiel de l’activité économique rentable. Les multinationales se frottent déjà les mains en regardant les propositions de charcutage territorial.

Ce n’est pas en cassant notre modèle social, en brisant les solidarités et l’égalité entre les territoires, que l’on redonnera du crédit à l’action politique. Il faut préserver les régions et les départements !
Ce n’est pas de trop de centralisme dont souffre notre pays, mais de trop de libéralisme et d’austérité !

Face à l’offensive du gouvernement visant à adapter le territoire français à la concurrence européenne, nous voulons développer la coopération entre les régions, les territoires, les peuples.

Au Front de gauche, nous sommes loin de renoncer à changer la vie et à construire en permanence des propositions alternatives pour sortir la France et l’Europe du bourbier libéral.

Nous voulons des collectivités démocratiques, proches des populations et répondant à leur besoin de vivre mieux ! Nous voulons des collectivités qui coopèrent avec un Etat stratège et initiateur d’une véritable politique de relance impulsée au niveau européen.

Nous voulons un Etat qui tape du poing sur la table et qui impose ses vues à Bruxelles afin de construire les rapports de force indispensables pour refonder l’Europe.

Les ministres les plus forts en gueule ne peuvent pas se donner bonne conscience avec quelques piques verbales devant les caméras quand, le lendemain, le doigt sur la couture du pantalon, ils se soumettent à la dictature du capitalisme.

Un diktat du capital voulu et initié en Europe avec l’adoption du funeste traité de Maastricht que seul le Parti Communiste Français avait combattu en 1992.

Nous voulons une Europe sociale, une Europe où tous les droits soient tirés par le haut. Nous voulons des salaires harmonisés et des garanties sociales de haut niveau pour tous les salariés européens.

Nous voulons retirer les pleins pouvoirs à la Banque Centrale Européenne pour que celle-ci soit à l’initiative d’un grand pôle public financier, utile aux investissements créateurs d’emplois, de richesses et respectueux de l’environnement !

Nous voulons une Europe qui combatte de pied ferme les reculs de civilisation et qui fasse des droits des femmes un enjeu essentiel de sa politique.

Il est primordial et urgent de déconstruire toutes les idées réactionnaires semées par la droite et l’extrême droite depuis quelques années.
Nous refusons qu’en Espagne le droit à l’IVG soit remis en cause tout comme il n’est pas possible d’accepter que des maternités et des centres IVG ferment leurs portes quotidiennement dans notre propre pays !
Des députés européens Front de gauche c’est l’assurance d’avoir des élu-e-s combattant pour la justice, pour les droits des femmes à disposer de leur corps. C’est l’assurance d’avoir des élu-e-s engagé-e-s pour la transformation sociale et pour le progrès pour tous les peuples européens !

En affirmant cela et insistant sur la nécessité absolue d’avoir des député-e-s européen-ne-s du Front de gauche, je ne nie pas les difficultés ou les désaccords que nous avons au sein du Front de gauche.
Mais permettez-moi, cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades de terminer cette intervention par la conception du Front de gauche qu’ont les communistes.

Depuis 2009, le Front de gauche a su créer la surprise à chaque élection. Européennes, régionales, cantonales, présidentielles et législatives.
Les organisations composantes de ce rassemblement ont su, à chaque fois, dépasser leurs divergences et leurs histoires respectives, pour ancrer dans le paysage politique, une dynamique portant de réelles perspectives politiques.

Le Front de gauche est né de la volonté de créer du neuf à gauche, de faire de la politique autrement et de donner à nos concitoyen-e-s une offre politique et un projet alternatif.

Nous le savons. Communistes, socialistes, trotskistes, écologistes… toutes et tous se sont retrouvés dans des campagnes électorales, dans les actions et les initiatives militantes.

Toutes et tous ont appris à s’écouter, à se connaitre et à se respecter. Cela ne s’est pas fait sans débats. Mais pourtant nous avons su dépasser les désaccords.

Les communistes se sont pleinement investis pour que le Front de gauche avance en portant une démarche rassembleuse, un projet et un discours lisible, cohérent permettant de se situer clairement au cœur de la gauche.
Nous sommes persuadés que c’est bien cette position et ce parti pris pour le rassemblement, sans exclusive, qui a séduit l’électorat.

Enfin une perspective politique pouvait voir le jour. Une perspective qui ne se situe pas dans une sorte d’opposition aux contenus et aux contours politiques réducteurs.

Une perspective qui rassemble sur des majorités d’idées et d’actions, toutes les forces sociales et politiques, bien au-delà de nos organisations respectives.

Oui, ce que nous continuons de défendre, c’est un Front de gauche qui offre au peuple de gauche, la possibilité de donner des débouchés solides à ses attentes.

Nous sommes profondément attachés à cette construction de rassemblements sur des majorités d’idées en faveur de la transformation sociale.

Nous sommes persuadés que les rejets du libéralisme et des logiques capitalistes sont grands dans notre pays.

Soyons clairs.
Oui la politique de l’offre défendue par le président de la République et son premier ministre accentue les inégalités et favorise la rente et les revenus du capital.

Elle encourage la pression sur les salaires et accroit la casse des droits des salariés. Nous sommes résolument opposés à cette politique libérale en faveur de la finance.

Alors, ces élections européennes doivent être l’occasion de travailler les consciences, de combattre la droite et l’extrême droite, de montrer la grande nocivité des orientations libérales d’un gouvernement calquant sa politique sur les traités européens.

Ces élections doivent nous permettre de continuer à populariser et à construire en permanence notre programme l’Humain d’abord.
C’est à cela et aux rassemblements les plus larges, de toutes celles et tous ceux qui souffrent, de toutes celles et tous ceux qui, à gauche, veulent changer la société que les communistes veulent travailler d’arrache-pied dans le Front de gauche !

Il me semble que Jean Ferrat nous avait déjà livré, en 1980, une belle feuille de route pour changer la vie et transformer la société. Il écrivait et chantait dans le bilan ces quelques vers qui doivent nous guider pour continuer tous ensemble, je cite :

« C’est un autre avenir qu’il faut qu’on réinvente
Sans idole ou modèle, pas à pas, humblement
Un bonheur inventé définitivement
Un avenir naissant d’un peu moins de souffrance
Avec nos yeux ouverts en grand sur le réel
Un avenir conduit par notre vigilance »

C’est sur ces mots du poète, que je vous remercie pour votre attention et que.


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