27 février 2013 - Clermont-Ferrand :

Il faut amnistier les syndicalistes !


27 février 2013

Intervention de Cyril CINEUX :

Nous venons de vivre cinq années où nous avons pu constater que la lutte des classes existait et qu’elle était même menée au plus haut niveau de l’État. Cinq années où le patronat, appuyé par les actionnaires, et relayés par un gouvernement aux ordres a combattu les droits en n’hésitant pas à criminaliser l’action syndicale. De la réforme de retraite au code du travail, en passant par la protection sociale et les services publics, ce sont tous les éléments de notre modèle social qui ont été attaqué.

Face à cela, des centaines de milliers de salariés se sont légitimement engagées dans les luttes sociales. Ils et elles se sont battus pour défendre leur emploi, leurs conditions de travail, la qualité et la présence du service public mais ils et elles se sont aussi battus pour se faire respecter d’un patronat sans foi ni loi et pour le respect de la dignité humaine, qu’elle soit avec ou sans papiers.

L’objectif du gouvernement précédent et du patronat était clair : fracasser un peu plus le modèle social français hérité du Conseil National de la Résistance, fragiliser, jusqu’à les faire disparaître, toutes les solidarités, bref, façonner une société où tous les aspects de la vie ne seraient jugés qu’en fonction de ce qui rapporte, de ce qui produit, de ce qui est rentable.

Et pour ce faire, il fallait empêcher toute résistance.

C’est pourquoi le gouvernement s’est évertué à criminaliser les luttes sociales, l’action syndicale en faisant de celles et ceux qui luttaient, des criminels. Sous tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy, de nombreux syndicalistes ont été attaqués pénalement du fait directement de leurs actions et engagements syndicaux. C’est sous la présidence de celui dont les citations telles que « casse toi, pôv con » ou « descends si t’es un homme » passeront à la postérité que les interpellations pour propos déplacés à l’égard du Président de la République se sont multipliées. Combien d’injustice ont été commises pour permettre aux patrons de licencier en toute tranquillité, combien de syndicalistes ont subi les foudres patronales pour avoir osé résister et dit non, combien de simples citoyennes et de simples citoyens ont été inquiétés parce qu’ils avaient fait preuve de solidarité et de fraternité envers des réfugiés, des sans-papiers ?

Dans notre département, c’est à Régional, chez KFC, à Leclerc, chez Basmaison, à Carrefour Market, à Cosac Sansac, à l’IFPP d’Aurillac, à ProSégur que l’on relève des cas de discrimination et de pénalisation de l’activité syndicale. Elles n’ont qu’un but, faire taire celles et ceux qui refusent de se laisser faire, qui veulent lutter pour le respect de leurs droits. Pourtant, les salariés ne s’y trompent pas. Pour les élections TPE en Auvergne, ils ont donné une large avance à un syndicalisme de luttes.
Aujourd’hui, les sénatrices et les sénateurs du groupe communiste, républicain et citoyen déposeront une proposition de loi d’amnistie des faits commis à l’occasion de mouvements sociaux et d’activités syndicales et revendicatives.

A gauche, nous ne sommes pas toujours d’accord sur la politique à conduire. Pour notre part, nous ne partageons pas l’orientation du gouvernement visant à réduire le coût du travail, a baissé la dépense publique et donc à fragiliser les services publics et à céder aux sirènes libérales du Medef.

Mais il y a une chose où la gauche peut et doit se retrouver. Toute la gauche peut se retrouver sur cette idée simple : on ne peut pas criminaliser et condamner des femmes et des hommes qui se battent contre la casse de leur outil de travail, qui disent non à la ruine de leur vie professionnelle et familiale, qui ne veulent pas du délit de solidarité.
L’action collective est un droit inhérent à toute démocratie. La Constitution de la Ve République reconnait au citoyen le droit de défendre ses droits et intérêts ainsi que le droit de participer à la détermination des conditions de travail et à la gestion des entreprises (alinéas 6 et 8 du préambule de la Constitution de 1946).

Dans toute son histoire, la gauche a été à l’initiative des luttes, les a soutenus et en a été, à quelques périodes glorieuses, le digne représentant.

Il faut donc amnistier les syndicalistes et, pour cela, il ne doit pas manquer une voix à gauche pour voter cette loi d’amnistie. Ce sont celles et ceux qui se sont battus durant cinq ans contre la politique du gouvernement précédent qui ont permis l’élection de François Hollande et des députés qui composent sa majorité.

Nous appelons donc les sénateurs de gauche, comme nous l’avons fait dans une lettre ouverte aux sénateurs du Puy-de-Dôme, a voté cette loi d’amnistie. Dans quelques instants, nous déposerons plus de 5800 signatures d’une pétition soutenant cette demande.
Il faut donc voter cette loi d’amnistie.

Mais il faut aussi que le gouvernement arrête de considérer les salariés en lutte, les syndicalistes comme des fauteurs de trouble. Les fauteurs de trouble, ce sont les patrons qui licencient, qui délocalisent, qui harcèlent, qui ne respectent pas les droits sociaux.

La violence, elle est du côté patronale, c’est la violence sociale du licenciement, de la perte d’un emploi, des difficultés financières pour les familles, ce sont des territoires anéantis par la délocalisation des entreprises.

La violence sociale, c’est quand on va chercher des enfants à la sortie d’une école pour les expulser, la violence sociale, c’est quand on ferme des services publics et qu’ainsi on contribue à la désertification de nos campagnes, la violence sociale, c’est l’austérité qui plonge des familles entières dans la précarité.

Mais la violence sociale, elle se retrouve aussi dans un pacte de compétitivité qui dit clairement que c’est le travail qui coûte cher et pas le capital, elle se retrouve dans un accord dit de sécurisation de l’emploi qui, en réalité, ne vise qu’à flexiprécarisé à outrance les salariés.
Nous affirmons qu’il existe d’autres choix politiques à faire que de se soumettre à la finance. Nous affirmons qu’une autre politique de gauche peut voir le jour et nous appelons le Président de la République à se souvenir du discours du candidat du parti socialiste au Bourget, l’an dernier, quand il ciblait la finance comme son principal adversaire.
Avec le Front de gauche, nous affirmons qu’il existe une alternative à l’austérité et nous mettons en débat 25 mesures qui permettraient de dégager des moyens financiers pour l’investissement et pour l’emploi, qui créerait de nouveaux droits pour protéger les salariés et développer l’emploi, 25 mesures qui engagent le pays dans un développement économique et social et écologique, 25 mesures qui, selon nous, permettrait de nous sortir de l’étau du pacte budgétaire et de la règle d’or.

Le 11 avril, à polydome, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du parti de la gauche européenne, André Chassaigne député et président du groupe Front de gauche à l’assemblée nationale, des dirigeants nationaux du Front de gauche et des intervenants européens seront en meeting pour porter et détaillé ses propositions qui nous permettraient de sortir de la crise et de combattre l’austérité.

Pour finir et pour rendre hommage à un grand homme qui a exhorté les peuples du monde entier à s’indigner, je voudrais vous lire ce que Stéphane Hessel écrivait dans son livre « Indignez-vous » :

« Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l’égard des immigrés, pas cette société où l’on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis, toutes choses que nous aurions refusé de cautionner si nous avions été les véritables héritiers du Conseil National de la Résistance . »


Je contribue
La contribution

forum info modere