Geronimo :

Et la guerre sans fin.


16 mai 2011

Ainsi, c’était le nom de code de l’opération commando ayant conduit à l’élimination de Ben Laden dont la dépouille a été « jetée » dans l’océan Indien : « Géronimo ».

On pourrait se demander quelle aberration mentale a conduit un Buffalo Bill du Pen¬tagone à choisir le nom du chef apache qui résista au quasi-génocide des nations indiennes. Mais ce nom de code a forcément été entériné au plus haut niveau. Ainsi, contre toute attente, Ben Laden se trouverait paré de la gloire du guerrier indien. Ou bien c’est l’imaginaire de la nation blanche américaine qui en est resté à l’Indien sanguinaire à éliminer à tout prix.

Ce n’est pas qu’une affaire de mots. Entre cette confondante confusion entre une figure de légende et le chef terroriste, entre cette insulte posthume aux nations indiennes et ce corps « jeté » à la mer, on a le pénible sentiment que se joue une nouvelle partie qui n’a rien à voir avec la recherche de la démocratie et de la paix. C’est au nom de la traque de Ben Laden, justifiée après les attentats du 11 septembre, que fut lancée par Bush la croisade du bien contre le mal. L’entrée en Afghanistan fut expressément motivée par le refus des talibans d’appliquer une résolution de l’ONU leur enjoignant de livrer Ben Laden ou de participer à sa recherche. Très vite la guerre va être menée au nom de la lutte contre le terrorisme en général. Sarkozy, Fillon n’ont pas dit autre chose, ce dernier martelant que la mort de Ben Laden ne signifiait pas « la fin de la guerre ».

Mais quelle guerre ? Pour quels objectifs ? Dix ans après, les talibans ne sont pas affaiblis, s’ils ne sont pas renforcés par une partie des populations victimes des bavures. Les programmes civils sont pour l’essentiel restés dans les cartons, la corruption n’a jamais cessé. Ben Laden n’est plus. La lutte contre les talibans est un échec mais la guerre continue parce que les enjeux sont autres. L’Afghanistan, entre l’Iran, la Russie, le Pakistan, l’Inde et la Chine, sur les chemins du pétrole et du gaz, est un carrefour où se joue une part de l’avenir du monde. Pour cela les États-Unis avaient enrôlé Ben Laden à l’époque contre l’Union soviétique. Le prétendu choc des civilisations a été ensuite l’accoutrement idéologique d’intérêts géostratégiques majeurs. Certes, le printemps arabe, comme on dit, en diminue la crédibilité, mais Ben Laden mort peut encore servir à entretenir les haines.

La France n’a rien à faire dans cette aventure. Les Pays-Bas, l’Italie ont amorcé le retrait de leurs troupes. D’autres vont le faire. A l’Assemblée, Alain Juppé plaide pour « le temps de la réflexion » et en appelle au « sang-froid », au nom des attentes du gouvernement afghan.

Dix ans de « réflexion » depuis 2001 et des dizaines de morts, ça devrait pourtant suffire.


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