Politique régionale, élections, hôpital…

... Eric Dubourgnoux, conseiller régional, fait le point pour « Regards sur l’Auvergne »


10 décembre 2009


Regards sur l’Auvergne :
Eric Dubourgnoux, à quelques mois des élections régionales, quel bilan tires-tu de l’action des conseillers régionaux communistes ?

Eric Dubourgnoux : C’est un peu le syndrome de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. J’éprouve d’abord une certaine satisfaction, parce que nous avons fait évoluer la politique régionale vers une plus grande justice sociale au sein de la majorité, en instaurant la gratuité des manuels scolaires, en augmentant fortement le budget consacré aux investissements dans les lycées, en engageant des crédits importants pour le développement des territoires ruraux ou encore en réalisant de gros efforts budgétaires en faveur de la formation professionnelle et de l’apprentissage.

Regards sur l’Auvergne : Mais plus précisément, quelles avancées concrètes sont à mettre au crédit des élus communistes ?

Eric Dubourgnoux : Durant les 6 années de mandat, nous avons eu 3 vice-présidents : Jacques Mizoule (Puy-de-Dôme), Christiane Laïdouni (Haute-Loire) et Jean-Claude Mairal (Allier). Chacun d’eux a marqué la politique régionale de son empreinte.
Jacques Mizoule a bousculé la politique économique avec la création d’aides pour l’économie sociale et solidaire. Aucun programme de ce type n’existait auparavant. Mais, surtout, en créant un dispositif nouveau de garantie d’emprunt pour les entreprises qui bénéficient d’un crédit bancaire, il a mis un terme à la politique clientéliste des aides directes aux entreprises. Ainsi, chaque année, depuis 2006, cette politique permet de mobiliser plus de 10 millions de crédit bancaire en faveur de l’emploi en Auvergne. De plus, c’est sous son impulsion que l’entreprise Brügen s’est implantée à Thiers.
Quant à Christiane Laïdouni, durant les trois années où elle a occupé la vice-présidence aux transports, de 2006 à 2009, la région a renouvelé le matériel roulant, rénové les gares et amélioré de nombreuses dessertes. Sous sa responsabilité, le billet solidarité, qui permet aux personnes en difficultés de bénéficier de 75% de réduction, a fait un bond en avant. Mais le fait marquant restera l’obstination dont elle a fait preuve pour obtenir de l’Etat un engagement financier important pour la rénovation des lignes Paris-Clermont, Le Puy-Clermont et Aurillac-Clermont. C’est aussi sa détermination qui a contraint le gouvernement à engager 153 millions d’euros pour rénover le réseau ferroviaire auvergnat, fortement dégradé et qui a permis de renforcer la présence humaine dans les gares et à bord des trains.
Par ailleurs, c’est grâce à Jean-Claude Mairal que le Conseil régional a mis en place un programme de coopération avec les autres régions, en Europe et dans le monde (projet agricole en Bosnie-Herzégovine, projets touristiques à Madagascar et au Mali, coopération universitaire et culturelle en Chine et au Portugal…) Là encore, aucune politique d’échange et de solidarité de ce type n’existait précédemment.
Enfin, je ne peux pas rester muet sur l’action permanente que nous avons menée pour la défense des services publics (La Poste, la santé, EDF…) et contre les réformes du gouvernement en dénonçant le double langage des élus de droite qui votent les lois les plus rétrogrades à l’Assemblée nationale et qui se présentent comme les chevaliers blancs au Conseil régional

... Mais alors, on a un peu de mal à comprendre pourquoi tu parles de bouteille à moitié vide quand on écoute un tel bilan ?

Eric Dubourgnoux : Si nous avons une vision commune sur de nombreux dossiers régionaux avec nos partenaires de gauche, force est de constater que, depuis les deux dernières années, sur la politique des transports et sur l’économie notamment, les avancées obtenues par les élus communistes sont progressivement remises en cause. Nous avons donc de réelles divergences qui expliquent, en partie, les démissions de Jacques Mizoule et de Christiane Laïdouni de leur responsabilité de vice-président.


Regards sur l’Auvergne :
Mais, n’est-ce pas un peu inquiétant de voir la gauche dans cet état à quelques mois des élections régionales ?

Eric Dubourgnoux : Ce qui serait inquiétant, ce serait d’accepter cette situation. Au contraire, cette gauche trop molle face à une droite qui frappe si fort contre nos acquis, nous allons la bousculer à l’occasion des élections régionales. Souvenons-nous ce qu’ont fait nos aînés en 1936 avec le Front populaire ou à la Libération avec le Conseil national de la Résistance. A nous maintenant de prendre notre destin en main ! A nous de semer les graines de l’espoir pour redonner du courage au peuple français. Les élections régionales seront une première étape importante du projet ambitieux que nous allons construire avec lui. C’est pourquoi, au premier tour, nous nous inscrirons dans la continuité des élections européennes de juin dernier en constituant une liste du Front de gauche.

Regards sur l’Auvergne : Mais, cette décision ne présente-t-elle pas le risque de favoriser le retour de la droite ?

Eric Dubourgnoux : Bien sûr que non ! La diversité qui s’exprime au premier tour est au contraire un catalyseur de l’électorat populaire. Cela a souvent permis la victoire de la gauche au second tour. Souviens-toi en 2004, si Giscard a enfin été battu, c’est précisément parce que la gauche a su rassembler la diversité de ses électeurs en présentant plusieurs listes au premier tour.

Regards sur l’Auvergne : Tu représentes le Conseil régional au conseil d’administration de l’hôpital. Il paraît que la dernière réunion a été un peu houleuse ?

Eric Dubourgnoux : Pas spécialement. Même si nous avons eu un vrai débat de fond sur l’évolution de la coopération entre les deux hôpitaux de Thiers et Ambert. D’abord, il faut savoir que cette coopération engagée depuis un an a eu comme conséquence une forte réduction de l’activité du bloc opératoire à Ambert. Or, le 10 novembre au conseil d’administration, nous avions à approuver un nouveau dispositif juridique pour encadrer cette coopération : Le Groupement de Coopération Sanitaire (GCS). Or, j’ai voté contre ce dispositif parce que j’estime qu’il présente des risques sérieux pour l’hôpital d’Ambert.

Regards sur l’Auvergne : Mais alors, tu es opposé à toute coopération avec Thiers ?


Eric Dubourgnoux :
Certainement pas. A plusieurs reprises, j’ai même proposé que cette coopération ne s’enferme pas sur le territoire de la circonscription et qu’elle s’élargisse au CHU de Clermont-Ferrand. Ce qui m’interroge, c’est l’évolution juridique qui est proposée. En effet, jusqu’au dernier conseil d’administration, nous étions dans le cadre d’une coopération de droit public et rien ne nous obligeait à en sortir pas même la loi HPST (loi Bachelot). Or, le GCS offre désormais la possibilité d’élargir cette coopération à un ou plusieurs établissements privés, y compris avec des établissements implantés hors du territoire Thiers-Ambert. Ce qui me pose problème, c’est qu’avec la marchandisation du système de santé, liée à la tarification à l’activité (T2A), un tel élargissement avantagera forcément la clinique au détriment des deux hôpitaux. Or, quand on connaît les difficultés financières dans lesquelles se débattent ces derniers depuis l’introduction de la T2A, on ne peu qu’être inquiet.

Regards sur l’Auvergne : N’est ce pas un peu cavalier de voter un GCS, dont l’objectif central est la restructuration des deux blocs, alors que le gouvernement annonce un futur arrêté dans lequel leur fermeture est envisagée ?


Eric Dubourgnoux :
C’est le moins qu’on puisse dire. Quand on voit l’obsession maladive du gouvernement à libéraliser jusqu’aux jeux de hasard, il ne faut pas être dupe de ses intentions en ce qui concerne la santé…surtout quand on voit la manne financière que cela représente. C’est bien pourquoi, il s’appuie sur le désir légitime de coopérer des deux hôpitaux pour inscrire cette coopération dans le cadre juridique que je viens de décrire. Pour imager mon propos, je dirais que ce GCS, c’est la bergerie dans laquelle on fait cohabiter deux agneaux en prétendant les mettre à l’abri du loup, mais en laissant la porte ouverte.
En ce qui me concerne, l’urgence, était donc d’empêcher le loup de rentrer dans la bergerie. C’est pourquoi, sachant que les blocs opératoires des deux hôpitaux produisent 2200 actes par an et que le seuil en dessous duquel le gouvernement envisage leur fermeture est de 1500, j’ai proposé que le conseil d’administration vote une motion exigeant de Roselyne Bachelot, ministre de la santé, l’engagement écrit pour que les actes des deux blocs opératoires ne soient pas comptabilisés séparément mais qu’ils soient additionnés. J’ai estimé que nous avions là le moyen de faire pression sur le ministère pour préserver le bloc opératoire à Ambert. Je regrette que seul le président du conseil d’administration ait voté cette motion avec moi. Ceci dit, la bataille continue pour que vive et se développe l’hôpital d’Ambert.

Eric DUBOURGNOUX


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