EUROPE : sortir de Lisbonne.

Lorsqu’ils imposèrent le traité de Lisbonne, les dirigeants de l’UE invoquèrent le risque d’une crise dans le cas où les vingt-sept États membres demeureraient régis par le traité de Nice.

Et au prétexte d’une adaptation du fonctionnement des institutions à l’élargisse-ment, Nicolas Sarkozy a fait reconnaître la concurrence libre et non faussée et la circulation sans entrave des capitaux comme les fondements de l’intégration européenne.


16 mai 2011

Pour parvenir à leurs fins, tous les coups étaient permis aux yeux des dirigeants de l’UE. Les Français avaient voté « non » lors du référendum sur le projet de constitution européenne, en 2005… Nicolas Sarkozy, sitôt élu, fit adopter par les seuls parlementaires, le 4 février 2008, ce traité de Lisbonne qui est la copie conforme du texte rejeté. C’est ainsi qu’une majorité de députés et sénateurs UMP – la plupart des socialistes s’abstenant – annulèrent le vote des Français.

Le cadre propice à une dictature des marchés financiers était tracé. Deux ans ont suffi pour que ce qui eût semblé inconcevable peu de temps auparavant soit accepté comme une évidence en matière de gouvernance européenne : la mise sous tutelle des États. L’Union européenne – d’abord le Marché commun, puis la Communauté européenne – s’est toujours présentée comme une zone de progrès et de démocratie ; elle devient un glacis de régression et de souveraineté limitée. Nicolas Sarkozy n’avait pas été avare de fortes paroles lors d’un discours prononcé à Strasbourg… avant son accession à l’Élysée, le 21 février 2007 : « Je crois que l’Europe doit cesser d’ignorer le cri des peuples qui se sentent dépossédés de leur destin », et d’ajouter quelques phrases plus loin : « Il est paradoxal de vouloir organiser une démocratie européenne et de nier en même temps la liberté de choix. » Et il est encore plus paradoxal de tenir de tels propos et de tenter de faire voter par les parlementaires français un projet de loi constitutionnelle qui impose¬rait aux majorités et aux gouvernements futurs le carcan budgétaire du pacte pour l’euro. C’est un signe 
de soumission aux marchés financiers.

Les dirigeants de l’Union européenne – les principaux chefs d’État et de gouvernement ainsi que la Commission de Bruxelles –, en s’attaquant à la souveraineté des peuples dans la construction d’une politique européenne, approfondis-sent la crise de confiance des citoyens et alimentent le fonds de commerce des organisations populistes et xénophobes, en d’autres termes de l’extrême droite. En Hongrie, les actuels dirigeants semblent s’inspirer du régent Horthy ; dans le Parlement d’Helsinki, paradent les « vrais Finlandais » ; en Italie, la troïka affairiste, postfasciste et xénophobe tient le haut du pavé ; et en France, tous repères disparus, des commentateurs des grands médias répètent à l’envi que le FN aurait un discours « social ».

La gauche doit avoir le courage de rejeter à la fois l’illusion du repli sur soi et la soumission au pacte de l’austérité. Au moment du trentième anniversaire du 10 mai 1981, rappelons qu’aucune des grandes réformes économiques et sociales réalisées alors n’aurait pu être décidée sous un régime de mise sous tutelle budgétaire. 
Et cela reste vrai aujourd’hui.
Comme le souligne le Parti de la gauche européenne, dont sont membres en France les composantes du Front de gauche, « la période qui s’ouvre est celle d’une alter¬native : ou bien l’abandon de toute ambition sociale et démocratique, ou bien la rupture avec la domination des marchés financiers ».


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