Débat de Riom :

Des arguments contre la crise

Yves DIMICOLI, économiste du PCF a décortiqué la crise financière et développé les propositions communistes pour y faire face, lors d’un débat organisé par la section de Riom du PCF le 13 janvier dernier.


10 février 2009

Yves Dimicoli est revenu brièvement sur les origines de la crise financière et de la situation économique actuelle.

La logique financière :« l’argent pour l’argent »

Il s’agit d’abord d’une « fuite en avant vers la croissance financière des capitaux et la spéculation, contre l’emploi, les salaires et les services publics ». Une fuite en avant qui s’est servie d’outils, comme les crédits « à risque » (subprimes) à destination des ménages modestes, « pour soutenir la demande malgré l’insuffisance des salaires distribués. Les banques ont ensuite transformé ces créances « en titres négociables sur les marchés » (titrisation) pour s’en débarrasser. Lors du retournement du marché immobilier, les impayés se sont multipliés, entraînant une méfiance des banques entre elles, et notamment de grands groupes bancaires qui se sont retrouvés en situation de faillite. Bien plus qu’une crise du libéralisme et de la finance dérégulée, c’est la logique du capitalisme -« l’argent pour l’argent »- poussée à son paroxysme qui est la source de la crise. Et il ajoute, « ce sont donc des règles fondamentales du capitalisme dont il faut commencer à s’émanciper, au lieu de vouloir rendre le capitalisme « moral », comme le prétend le Président Sarkozy sans proposer de règles nouvelles. » Alors que l’on disait « les caisses vides » pour les salaires, les emplois, les retraites et les services publics, ce sont quelques 360 milliards d’euros que le plan Sarkozy entend injecter dans les organismes de crédit et les banques…sans contrepartie.

Yves Dimicoli propose une série de mesures concrètes, immédiatement applicables, une véritable « boîte à outils » pour tous les communistes, élus comme militants.

Il demande d’ailleurs une véritable mobilisation des communistes sur ce sujet. « Côté Etat, il faut mettre en place de nouveaux pouvoirs de contrôle et d’intervention des travailleurs et des citoyens dans les entreprises et les services publics, de nouveaux critères de gestion, et une véritable sécurisation de l’emploi et de la formation. Côté marchés, il faut les maîtriser par des avancées radicales, favorisant la création de services publics novateurs, la maîtrise sociale des marchés monétaro-financiers, du crédit et de la création monétaire. »

Un nouveau crédit pour une autre société

Sur ce volet du crédit, il propose une série de mesures concrètes avec en premier lieu la constitution d’un pôle financier public chargé de mettre en place un nouveau mécanisme de crédit sélectif et de long terme : un abaissement des taux d’intérêt (voire des taux d’intérêt nuls ou négatifs) en fonction de la qualité des investissements de l’entreprise en terme d’emplois durables, de juste rémunération, de formation. Une telle incitation aurait pour effet de revoir en profondeur la gestion des entreprises, et d’abaisser considérablement la part des ressources qu’elles mobilisent pour assurer le paiement des intérêts d’emprunts, des dividendes et des placements financiers.

Ce sont les charges financières qui pèsent sur les entreprises

Et de rappeler qu’en 2007, « les charges sociales patronales payées par les entreprises pour la protection sociale ont totalisé 142 milliards d’euros, quand les charges financières (intérêts payés aux banques et dividendes versés aux actionnaires) ont totalisé 314 milliards d’euros ! » Le rapport aux investissements matériels est aussi effarant puisque « à 1 euro d’investissement, correspondent 1,6 eurode charges financières. » Loin des discours politiques habituels des libéraux sur le coût insupportable des charges sociales patronales, ce chiffre traduit à lui seul la nouvelle logique du système capitaliste.

Pour une véritable maîtrise citoyenne de l’économie : du local au mondial

Yves Dimicoli a ensuite souligné la logique actuelle des acteurs du système bancaire qui refusent de relancer leur politique de crédit malgré les garanties apportées par l’Etat. Un exemple frappant : « 26 milliards d’euros de dépôts se trouvaient dans les caisses des banques auvergnates fin octobre 2008, quand elles n’accordaient que 21 milliards de crédits ! »

En conséquence l’économiste se prononce « pour la création rapide d’un véritable pôle financier public national regroupant la Caisse des Dépôts et Consignations, les Caisses d’épargne, les banques mutualistes, Oséo, la Banque Postale, et les banques en difficultés comme Dexia, Natixis, la BNP Paribas. Cela permettrait de mettre directement en œuvre ces nouveaux principes à l’échelle locale comme nationale. » Il avance d’ailleurs l’idée d’un Fonds public national qui se déclinerait sous la forme de Fonds publics régionaux alimentés par une dotation budgétaire des Conseils régionaux afin de garantir une maîtrise citoyenne, comme cela a été réalisé en Auvergne, à l’initiative du groupe communiste.

Pour conclure, Yves Dimicoli insiste sur la nécessité d’agir aux niveaux européen et international.

Il faut mettre fin « à l’indépendance de la Banque centrale européenne en lui assignant, sous le contrôle du Parlement européen, une nouvelle mission en matière d’emploi et de formation, supprimer le pacte de stabilité pour une relance efficace des dépenses publiques, faire coopérer les pôles publics financiers nationaux pour une sécurité de l’emploi et de la formation commune à tous les européens. » A cela s’ajoute l’exigence de la refonte des institutions internationales, et en particulier le FMI et la Banque mondiale.

Quelques chiffres à retenir :

En 2007 :
les charges sociales patronales représentaient 142 milliards € ;
les charges financières (dividendes aux actionnaires) : 314 milliards €

L’épargne des banques d’Auvergne :
26 milliards € de dépôt fin octobre 2008
contre 21 milliards € de crédits accordés
Dans le Puy-de-Dôme :
12 milliards € de dépôt
10,3 milliards de crédits accordés

Un fonds national pourrait être alimenté par l’argent public dévolu aujourd’hui à la compensation des exonérations de cotisations sociales patronales qui ne créent pas d’emplois : 27 milliards € au budget 2008 (pour 33 milliards € d’exonérations totales.


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