Debout les damnés de la Terre !


10 octobre 2014

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Attribués à Etienne de la Boétie, ces propos de la fin du XVIe siècle pourraient être les nôtres, peuple des révolutionnaires de ce début de siècle désenchanté. Les tyrans n’ont pas disparu, ils nous entourent au contraire quotidiennement. Aux tyrans bien identifiés des régimes politiques d’oppression, pour qui le présent semble être un éternel printemps, s’ajoutent les tyrannies masquées, celle de l’argent, et d’autres, plus insidieuses.

C’est la tyrannie de la « fin de l’histoire », celle du capitalisme revanchard et triomphant, qui n’autorise plus à imaginer d’autres perspectives que celles tracées pour nous par les puissants de ce monde. C’est la tyrannie de la pensée unique, soupe tiède et nauséabonde qu’il est aisé de traduire par un très britannique « there is no alternative ». C’est enfin la tyrannie d’une pensée individualiste jusqu’à l’extrême – osons le mot : une pensée extrémiste de l’individualisme.

A genoux, hier comme aujourd’hui, sont les humbles, « les sans-dents », les déclassés, qui souffrent chaque jour un peu plus d’un siècle mal engagé. Pris dans les tourbillons culturels d’un monde ultra-concurrentiel, nos contemporains se perdent dans cette injonction à refaire de l’homme un loup pour l’homme. Déboussolés, ils reportent trop souvent leur colère sur les plus faibles, miroirs redoutés de leur devenir incertain. Il est vrai qu’on est toujours plus fort, plus haut, qu’un autre homme à genoux. Le risque fatal est alors celui d’une lutte des classes inversée, scrutant vers les profondeurs, prête à y sombrer, plutôt que d’engager collectivement le rapport de force en faveur de l’intérêt général.

Faut-il pour autant se résigner ? Osons au contraire le courage d’agir. Ici, au milieu des huées fanatiques de la pensée libérale, se trouve notre raison d’être. Comme en 1904, lorsque Jean Jaurès écrivait le premier éditorial de L’Humanité, notre tâche est immense, mais elle est superbe : faire advenir l’humanité.

Au sortir de cet été 2014, alors que la béance des blessures s’étire, sanglante, devant les guerres, les décapitations, les épidémies, reprenons notre ordre de marche. Fixons-en les étapes. La première est celle de la préparation de notre Conférence nationale des 8 et 9 novembre prochains. Dès lors qu’il s’agit de permettre la mise à jour d’une véritable alternative politique et de société, cette conférence est notre affaire à tous. Faisons donc preuve de toutes les audaces de la pensée ; cette pensée radicale, critique et subversive qui est fondamentalement la nôtre et qui nous fait toujours espérer dans le progrès humain.

Mais reprenons aussi le combat à notre échelle, celle du Puy-de-Dôme. Allons à la rencontre de nos concitoyens, des hommes « à genoux » des centre-villes, des banlieues et des villages les plus isolés, ces territoires en marge qui se sentent comme oubliés par la parole publique. A l’instar des démarches entreprises depuis plus de trois décennies par André Chassaigne, écoutons, discutons. Dans notre département, faisons de ces rencontres des Etats-généraux à notre mesure, sensibles aux doléances de tous. Suggérons les solutions fraternelles et solidaires à mettre en œuvre pour remédier aux maux de notre société. Mettons les bouchées doubles pour être les pédagogues du progrès social. C’est là notre raison d’être : déployer les genoux recourbés, lever les damnés de la Terre.

Le tribun du peuple, Jaurès, disparu il y a tout juste cent ans, concluait par ces mots, qui sont aussi les nôtres, son discours à la jeunesse d’Albi, en 1903 :
« Le courage […] c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ».

Côme SIMIEN
Section Clermont-fd
Responsable du Comité de rédaction de Regards sur l’Auvergne


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