Comité départemental du 19 février 2009

La manifestation du 29 janvier a été incontestablement une réussite. 60 000 manifestants à Clermont-Ferrand, 2,5 millions dans toute la France, il faut remonter quelques années en arrière pour retrouver des manifestations aussi nombreuse dans tous le pays et bien souvent celles-ci sont l’apogée du mouvement et non le début comme aujourd’hui.


3 mars 2009

L’unité des forces syndicales a été un élément déterminant de la réussite de cette journée. C’est la première fois, depuis le 10 janvier 1966, qu’un programme de revendications aussi large est porté dans l’unité syndicale. Il semble d’ailleurs que celle-ci ait résisté à la manœuvre élyséenne d’hier soir.

La manifestation du 29 a été critiquée par certains commentateurs médiatiques pour la profusion de ses mots d’ordre : défense de l’emploi, augmentation des salaires, défenses des services publics etc… En fait, ce qu’ils reprochent aux manifestants, c’est d’avoir trop bien répondu à la politique gouvernementale car l’attaque du gouvernement étant globale et sur tous les fronts, la riposte se devait d’être à la même hauteur même si les manifestants n’en ont pas tous eu une parfaite conscience. Nous devons assumer le caractère global de ces revendications, nous devons même œuvrer encore plus à montrer la cohérence de l’action gouvernemental, faire le lien avec les causes de la crise et sa persistance et travailler à la convergence des luttes.

Ce qui se passe dans les DOM-TOM, la lutte des étudiants, des enseignants-chercheurs, plus généralement de la communauté universitaire et scientifique, la mobilisation pour le 19 mars, tout ceci témoigne du même refus : celui du projet de société que veut nous imposer Sarkozy et le Medef. Une société où tout s’échange, où tout se vend, où vous n’avez d’importance qu’à partir du moment où vous êtes rentable, efficace, performant où la philosophie, la littérature, la science n’ont d’intérêt que si, justement, elles permettent une plus grande rentabilité, une plus grande efficacité, une plus grande performance des hommes ou du capital au détriment du partage des savoirs, de l’apprentissage, de la connaissance, de la formation intellectuelle.

Le traitement des conflits de la part du gouvernement comme l’attitude arrogante et méprisante de Nicolas Sarkozy risque d’entraîner un durcissement, une radicalisation. Permettez-moi de citer Annie Collovald, professeur de sociologie politique à l’Université de Nantes interrogé par l’Humanité dans son édition du 7 février sur le paysage après le 29 janvier. « On invoque la nécessaire « moralisation » du capitalisme et on laisse faire les logiques financières qui débouchent sur des licenciements en chaîne, on proclame sa considération pour les travailleurs et l’on accroît toutes les formes de précarisation. Cela va de pair avec un mode de gouvernement qui fonctionne à l’injure et à l’humiliation. On tourne en dérision les grèves, on se moque des idéaux de service public, on réduit l’école maternelle à une activité couche-culotte, les chercheurs à des médiocres bien planqués au chaud dans leur laboratoire… Si ces propos en disent long sur la reconnaissance dans laquelle chacun est tenu, qu’ils soient exprimés au plus haut niveau de l’État ne laisse pas d’inquiéter sur les levées de censure qu’ont opérées les politiques actuelles et sur les brutalités des rapports sociaux qu’elles légitiment. »

Cette colère qui est en train de monter dans le pays, il faut chercher à la transformer en aspiration politique. Car il y avait aussi une multitude de raisons et de motivations de participer à la manif, certaines d’ailleurs contradictoires. Si nous avons senti chez certains de la détermination et une volonté de poursuivre la lutte, nous avons également pu sentir chez d’autres la satisfaction d’avoir marqué le coup, d’avoir relevé la tête mais sans penser à continuer le mouvement.
Le manque de débouchés politiques ou de visibilité de ces débouchés potentiels a très certainement contribué à ce phénomène malgré la signature de 10 organisations de gauche en soutien au mouvement social. Le Front de gauche que nous construisons pour les élections européennes peut être un élément permettant de dégager des perspectives en Europe, bien sûr, mais aussi en France. J’y reviendrai tout à l’heure.

En ce qui nous concerne, nous avons réussi notre manifestation sur la forme avec une présence visible des militants communistes et sur le fond avec la diffusion de près de 5000 journaux sur la crise. Mais c’est la distribution de faux billets de 500 euros qui a eu un succès considérable, nous valant même les honneurs de la Montagne. Cette initiative a permis à notre député de s’installer au milieu de la route pour être présent au plus près des manifestants et dans tous les cortèges. La différence avec le PS et ses élus relégués, loin des salariés, en fin de cortège était impressionnante.
J’attire votre attention sur le rôle qu’a joué le conseil départemental dans cette réussite et sur le besoin que nous avons d’être imaginatif, innovant et audacieux dans nos formes de communication pour mieux interpeller nos concitoyens.
Car au-delà de la réussite en terme de communication, cette distribution de faux billets a aussi interpellé les salariés sur le slogan que nous avions inscrit sur notre banderole : de l’argent pour nos salaires, pas pour les actionnaires.
Nous devons continuer à poser publiquement la question de l’augmentation des salaires car une bataille est en train de se jouer sur cette question. Le gouvernement et le Medef prennent prétexte de la crise pour enterrer définitivement la question de l’augmentation des salaires. Le glissement sémantique vers la question plus globale du pouvoir d’achat en est d’ailleurs un symbole. Il vise à déresponsabiliser les entreprises et à faire de l’Etat le palliatif de cette déresponsabilisation. Il est important de ne pas en rabattre sur cette revendication car l’augmentation des salaires se joue dans le cadre de l’affrontement capital/travail, de la lutte des classes, de la création/redistribution des richesses et met en question, au final, la recherche effrénée du profit et donc le capitalisme et la nécessité de son dépassement.
Cette bataille pour l’augmentation des salaires est d’autant plus actuelle que c’est la pression sur les salaires, la déréglementation du travail, la précarisation qui ont été la source de l’endettement des ménages et le déclencheur de la crise financière. Et comme nous le mettons sur notre communication, l’augmentation des salaires n’est pas un problème, c’est bien la solution.

Je le disais lors de notre dernier conseil départemental, ce n’est pas la crise pour tout le monde. Les entreprises du CAC 40 devraient toucher dans les 85 milliards d’euros dont 43 milliards iraient directement dans la poche des actionnaires et 11 milliards serviraient aux entreprises à racheter leurs propres actions pour maintenir un prix de l’action élevé. Ces entreprises ont profité de la crise pour procéder à des restructurations en mettant en place des programmes de réductions de coût, en limitant les augmentations de salaires et les investissements, en ayant recours au chômage partiel, le tout sur fond de diminution des effectifs afin de ne pas priver les actionnaires de leur rente. ArcelorMittal est un bon exemple puisque cette entreprise réalise 6,4 milliards d’euros de bénéfices avec un plan de suppression de 9 000 postes dans le monde dont 1 400 en France et propose de revaloriser les salaires à hauteur de … 0%.
Pendant ce temps, la récession s’installe en France, des milliers d’emplois disparaissent, le chômage explose. Dans notre département, plusieurs entreprises ont déjà eu recours au chômage partiel à l’image de Michelin qui annonce que tous ses sites seront touchés en mars avril, d’autres comme les ACC sont menacés de fermetures et d’autres encore menacent ou annoncent des licenciements comme Valéo à Issoire. Les entreprises publiques ne sont pas épargnés puisque l’AIA, par exemple, risque de voir disparaître 400 emplois menaçant de fait la pérennité du site.
Dans 10 jours, le 2 mars prochain, le Conseil Régional va tenir une session spéciale sur les questions de l’emploi. Pourquoi ne pas organiser à cette occasion la venue de salariés, de syndicalistes pour qu’ils interpellent le Ministre du Travail ?

Pour faire face à la situation, nous avons décidé de constituer une cellule de veille avec quelques camarades, syndicalistes et élus. Celle-ci a vocation à récolter et mutualiser toutes les informations concernant les secteurs ou les entreprises en difficultés avant d’interpeler les pouvoirs publics, les banques, les patrons pour, quand c’est possible trouver, d’autres solutions que les fermetures d’entreprises ou les licenciements. Cette cellule de veille ne peut fonctionner que si les informations lui parviennent. Nous lançons donc un appel à la collecte d’informations notamment en direction de nos élus qui sont, bien souvent, les 1ers informés de la situation des entreprises sur leur localité.

Tous les observateurs prédisent que la situation économique va encore se dégrader entraînant du même coup une aggravation de la situation sociale.

Nous sommes dans un moment où tout est possible et où ces possibles dépendent pour beaucoup de ce que les uns et les autres peuvent faire ou ne pas faire. Karl Marx écrivait : "Les hommes font l’histoire mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font ". Effectivement, nous ne savons pas l’Histoire que nous sommes en train de construire mais ce dont nous devons être persuadés, c’est que nous sommes à un moment charnière. Sans faire de comparaisons qui n’auraient pas lieu d’être ni verser dans une quelconque nostalgie, regardons ce que la crise de 1929 a produit en France. 7 ans plus tard, c’était le Front Populaire qui se mettait en place, c’était les grandes grèves de 1936 et les réalisations du Conseil National de la Résistance furent largement inspirées de cette période d’avant-guerre.

Je disais tout à l’heure qu’il manquait des perspectives politiques à la manifestation du 29 janvier. Le Front de gauche peut représenter pour notre pays une perspective de changement car il est aussi le signe qu’il se passe quelque chose à gauche susceptible de faire bouger les lignes dans le pays même. Il est de notre responsabilité de faire grandir cette idée pour offrir aux luttes sociales un débouché politique.
Ce Front de gauche est donc officiellement créer puisque PCF et Parti de Gauche se sont entendus pour le constituer. Cela ne veut pas dire que ses frontières politiques sont fermées, bien au contraire, nous devons maintenant travailler à l’élargir le plus possible à la gauche sociale et politique, aux syndicalistes, au mouvement associatif et à tous les citoyens qui sont d’accord avec nous pour porter l’exigence d’une réorientation profonde des politiques européennes, l’exigence de changer d’Europe.
Le 8 mars aura lieu un grand meeting de présentation des candidats au Zénith de Paris. La volonté de la direction nationale est de traiter nos listes de grandes régions le plus possible comme une liste nationale pour essayer de créer une dynamique dans tout le pays.
En ce qui concerne notre circonscription, nous avons déjà retenu 2 dates : le 2 avril qui serait notre meeting de lancement de campagne au Galion à Gerzat et le 28 mai pourrait être un meeting régional de fin de campagne avec, vraisemblablement la présence de Jean-Luc Mélenchon.
D’ici le 7 juin, nous devons, à chacune de nos initiatives, faire le lien avec les questions européennes, nous avons besoin, certainement plus que pour tout autre élection, de montrer les implications quotidiennes de l’Europe sur nos vies de tous les jours, sur les conditions de travail, la situation de nos services publics.


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