Cadeaux fiscaux pour les plus riches

Après avoir, pendant trois ans, défendu bec et ongles le bouclier fiscal, François Fillon annonce la substitution de ce filet de protection des plus riches par la sortie de 
300 000 contribuables des affres de l’impôt de solidarité sur la fortune. La manœuvre est grossière, mais la portée politique de ce projet est claire : l’ISF, déjà bien affaibli au fil des réformes qui ont été menées contre celui-ci, conserve néanmoins une valeur symbolique que n’a jamais supportée la droite sarkozyste : une recherche d’équité – modeste – dans la redistribution sociale des richesses créées… par les salariés. Cette ébauche de démarche solidaire au sein de la société est jugée comme une entorse intolérable au dogme du chacun-pour-soi, de l’enrichissement qui, comme la concurrence, ne peut être que libre et non faussé.


14 mars 2011

Nicolas Sarkozy bétonne son camp dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012. Il est bien « le président des riches », auxquels il tient à peu près le même discours que Guizot pendant la monarchie de Juillet : « Enrichissez-vous. » L’ancien ministre du Budget, Éric Woerth, mis en réserve de la Sarkozye pour avoir manqué de discrétion quand il jouait le rôle de conseiller fiscal de Mme Bettencourt, se voit ainsi réhabilité. Pauvres riches ! Propriétaires d’immeubles des beaux quartiers de Paris ou de Neuilly, vous avez été victimes de la flambée de la pierre, qui a augmenté la valeur de vos biens. Cela vaut réparation et mérite que l’on rehausse le seuil à partir duquel vous paierez l’impôt, de 790 000 euros à 1,3 million ! Voilà ce que c’est que de disposer d’un gouvernement au service de sa caste. Il n’est pas besoin de clamer, comme Proudhon en son temps, que la propriété c’est du vol, pour reconnaître qu’un foyer qui possède un patrimoine de 800 000 euros peut bien payer 4 000 euros d’imposition et dans la plupart des cas beaucoup moins, en raison des nombreuses réductions prévues par la loi.

L’injustice de cette nouvelle contre-réforme fiscale confine à la provocation. En pleine crise, alors que pour les familles modestes tout augmente (énergie, alimentation, forfait hospitalier…) sauf les salaires, l’État se prive de ressources pour mieux cajoler la partie la plus opulente des ménages. De telles largesses sont autant de marques de mépris à l’égard des 25 % de salariés précarisés qui gagnent moins de 750 euros par mois. Le projet du gouvernement survient au moment où les dirigeants européens se préparent à une offensive antisociale d’une rare violence, au nom de la mise en convergence des économies de la zone euro. Pression sur les salaires, réduction des dépenses publiques, aggravation des conditions de retraite, précarisation généralisée, mise sous tutelle des budgets nationaux… la saignée imposée au peuple grec par l’UE et le FMI l’année dernière était bien une répétition d’une mise au pas de toute l’Europe aux normes d’un libéralisme sans complexe.

C’est cette même logique qui inspire également les décisions du gouver-nement français, qui veut « harmoniser » sa politique avec l’Allemagne pour le grand bénéfice des sociétés privées et des foyers les plus fortu-nés. Les plus pauvres et les couches moyennes paieront la différence.


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