Budget 2014 : Hollande droit dans les bottes de l'austérité

La baisse des dépenses de 28 milliards d’euros en deux ans, envisagée par le gouvernement dans le cadrage budgétaire pour 2014, ne suffira pas pour ramener le déficit public sous la barre des 3 %, comme s’y est engagé F. Hollande après que la Commission de Bruxelles ait accordé un délai de deux ans pour s’y conformer. Il faudra donc, en plus, augmenter les impôts, le tout contribuant à geler l’activité économique. En réalité, l’exécutif, qui fait le pari que « la crise de la zone euro est derrière nous » - Hollande dixit - et que la reprise mondiale va tirer les exportations françaises, est engagé dans une fuite en avant qui enferme dans les cercles vicieux du chômage et de la croissance financière. C’est cela-même qui est à la base du maintien à haut niveau du déficit et des dettes publics. En France, comme partout ailleurs en Europe du sud, le cap de l’austérité mène aux pires difficultés, replaçant la zone euro dans le viseur des marchés financiers, et le consensus pour le maintenir s’effrite. Il faut impérativement changer de cap !


11 juillet 2013

Le gouvernement a transmis à l’ Assemblée nationale les grands lignes de son projet de budget 2014. Celui-ci se présente, d’abord, sous la forme d’un nouveau plan d’austérité visant à diminuer les dépenses de l’État de 14 milliards d’euros. Et cette « économie » devrait être renouvelée en 2015.

Pour y parvenir, Matignon entend, d’abord, se conformer aux « règles de bonne gestion » instaurées par l’ancienne majorité de droite.

Celles-ci impliquent que l’ État maintienne inchangées, à l’euro prés, les dépenses hors charge de la dette et pensions des fonctionnaires d’une année sur l’autre. Ce faisant, il est amené à dépenser toujours moins, l’inflation aidant, aussi faible soit-elle.

Le simple respect de cette règle est sensé permettre à l’État, selon le ministère des finances, d’économiser 7 milliards d’euros par rapport à la tendance spontanée. Pour la Cour des comptes, l’économie ne serait que de 6 milliards.

Mais le gouvernement entend aller bien au-delà. F. Hollande cherche, en effet, à démontrer aux marchés et à Mme Merkel qu’il est en mesure, lui, de maintenir le consensus social nécessaire pour pouvoir amputer, en toute « équité » et plus audacieusement que la droite, les dépenses nécessaires aux services publiques et à la protection sociale et, ainsi, rendre disponible plus de profit dans le partage de la valeur ajoutée nationale.

Une baisse sans précédent des dépenses publiques


La tendance spontanée d’augmentation des dépenses publiques d’une année sur l’autre est alimentée par le vieillissement démographique et les besoins sociaux de développement ou d’accompagnement de la crise avec la nécessité, par exemple, de la revalorisation des allocations afin qu’elles ne soient pas grignotées par l’inflation.

Elle implique une augmentation des dépenses pour 2014 estimée à 1,5 % par an. Mais les choix faits par l’ exécutif devraient conduire, toute chose égale par ailleurs, à une hausse des dépenses de l’État, de la Sécurité sociale et des collectivités territoriales de 0,4 % seulement. Le différentiel donne les 14 milliards d’euros d’économies à réaliser.

Sur ce total, la Sécurité sociale est sommée d’économiser 5 milliards d’euros. Elle devrait le faire en freinant la progression des dépenses d’assurance-maladie en deçà de sa tendance spontanée ( leur croissance devrait ralentir à 2,4 % contre 2,7 % cette année), ainsi que les pensions des régimes de retraite complémentaire, sans parler des économies programmées dans la branche famille.

De son côté, l’État sera tenu d’économiser 9 milliards d’euros en regard de la tendance spontanée. Si l’on raisonne en valeur absolue, il s’agira de réduire ses dépenses, hors charges de la dette et pensions, de 1,5 milliard d’euros, les faisant passer de 279,4 milliards d’euros en 2013 à 278 milliards d’euros en 2014.

Comment l’exécutif a-t-il décidé de répartir cet effort, étant entendu que le prélèvement pour financer le budget de l’Union européenne prévu pour 2014 devrait augmenter, lui, de 750 millions d’euros ?

1 - Une austérité salariale accentuée pour les fonctionnaires : 3209 destructions d’emploi dans les services de l’État ; le gel du point d’indice des fonctionnaires qui a été revalorisé pour la dernière fois en 2010, de 0,5% ; une forte réduction des avantages catégoriels. Cinq ministères devraient échapper aux coupes budgétaires : ceux du Travail, de la Solidarité, de l’Éducation nationale, du Logement et de la Justice. Pour eux, les enveloppes seront soit gelées, soit même, pour certains, un peu augmentées, mais au détriment de tout le reste, notamment l’écologie, l’économie et les finances, la culture, le redressement productif, l’agriculture, les affaires sociales et la santé, les sports et la jeunesse, l’égalité des territoires.....

2 – Des restrictions accrues pour les services publics : Baisse des dépenses de fonctionnement des ministères ; baisse aussi des dépenses d’intervention qui ferait, notamment, que les opérateurs de l’État (chambres de commerces et d’industrie, Agence de l’environnement et maîtrise de l’énergie, audiovisuel public, Centra national du cinéma....) devront se serrer fortement la ceinture.

3- Un rationnement aggravé du financement des collectivités territoriales : Les dotations d’ État seront réduites de 1,5 milliards d’euros, de quoi peser un peu plus sur l’investissement en France dont plus de 70 % sont assurés par les collectivités territoriales ; de quoi aussi rationner encore plus les moyens des services publics locaux si indispensables pour répondre aux besoins des populations.

Au total, l’État va dépenser 100 millions d’euros de moins en 2014 qu’en 2013 (pour une dépense totale de 371,4 milliards d’euros incluant la charge de la dette et des pensions), soit une baisse réelle sans précédent sous la Vème république ! L’Élysée et Matignon en sont très fiers...

Est-ce que, pour autant, ces restrictions vont permettre de résoudre l’équation que s’est donnée F. Hollande pour rassurer les marchés financiers et satisfaire la Commission européenne et Mme Merkel ?

L’austérité : une impasse de plus en plus contestée


Elle repose sur l’hypothèse que la croissance va repartir suffisamment, à partir du second semestre 2013, pour tirer l’activité économique du pays confronté à la récession après de nombreux trimestres de stagnation. Selon la prévision officielle, le PIB croîtrait de 1,2 % en 2014, alors que le consensus des économistes table, lui, sur 0,7 % seulement.

De plus, postule l’exécutif, les réformes structurelles engagées ( Crédit d’impôt compétitivité, loi de « sécurisation de l’emploi ») permettront à la France de gagner des parts de marché puisque, rendue ainsi plus « compétitive », l’économie française, dont tous les freins seront maintenus serrés à l’intérieur, limitant les importations, pourra, assure-t-on, bénéficier de l’expansion extérieure qui fera repartir ses exportations. Beaucoup est attendu de l’Allemagne où la croissance relativement plus rapide des revenus et de la demande intérieure serait sensée tirer les exportations d’une France et d’une Europe du sud aux coûts salariaux abaissés et rivalisant comme jamais pour vendre...à l’Allemagne.

Ce calcul postule aussi que la zone euro serait sortie de la crise, comme n’a cessé de la proclamer F. Hollande, alors même que le prétendu pacte de croissance qu’il aurait obtenu en contrepartie de son acceptation totale du Traité « Merkozy » (le TSCG), reniant ainsi sa promesse de le renégocier, demeure dans les limbes. Pire, le budget européen sensé en assurer, en partie, le financement vient d’être réduit avec l’accord de la France...

C’est avec cette hypothèse que F. Hollande assure que les marchés financiers stabilisés continueront d’absorber sans problème la dette publique française qui s’établissait, fin mars dernier, à 1870,3 milliards d’euros (91,7 % du PIB) en hausse de 36,5 milliards d’euros au premier trimestre 2013. Il postule, notamment, que les taux d’intérêt aujourd’hui très bas demeureraient maîtrisés.

Ainsi, la France se garantirait la « passivité des marchés (qui ) table sur la poursuite de l’ajustement budgétaire et sur un climat de croissance favorable », selon l’expression du FMI (Moniteur des finances publiques, octobre 2013).

Mais voilà, « la zone euro revient dans le viseur des marchés », avertit le journal « Les Échos » du 4 juillet.

D’un côté, les spéculateurs s’inquiètent du fait que les banques centrales, dans un avenir plus ou moins proche, cessent d’alimenter massivement les marchés en liquidités, alors que cela a favorisé une ruée spéculative sur les bourses dont le désengagement brutal entraînerait un nouveau krach d’ampleur.

D’un autre côté, la montée des luttes et, plus généralement, la « fatigue de l’austérité » ressentie par l’immense majorité des populations d’Europe du sud, pointée par le FMI, l’OCDE et la BRI, font redouter une incapacité des dirigeants politiques en place, ou de leurs alternances, à maintenir le cap des sacrifices publics et sociaux prescrits par la Troïka (FMI, Commission européenne et BCE) et réclamés par les marchés.

En atteste la grave crise politique au Portugal avec la prise de conscience, jusque dans le gouvernement, que la politique d’austérité conduit au pire. De fait, le déficit public, malgré des mesures de restriction très dures, devrait y atteindre encore 5,5 % du PIB cette année et la dette publique presque 124 % du PIB, contre 84 % en 2009 ! La contraction du PIB devrait se situer aux alentours de 2,3 % cette année, selon Bruxelles, et si se produit un hypothétique rebond en 2014, il devrait être très faible (+0,6 % selon les prévisions optimistes de la Commission).

Le nouvel épisode de crise au Portugal fait vaciller les places boursières européennes et remonter les taux d’intérêt sur les titres de dette souveraine, alors même que la Grèce, dont les plans de privatisations ne peuvent être tenus, se trouve encore dans l’obligation de trouver en urgence des fonds que les bailleurs hésitent à fournir sans nouvelles conditions drastiques.

Rappelons que la Commission européenne estime que le PIB grec devrait encore reculer de 4,2% cette année et que le chômage devrait atteindre 27%. Et malgré une petite reprise de l’activité postulée pour 2014, la dette grecque devrait atteindre 175% du PIB l’an prochain. Elle en représentait 128 % en 2008 !

C’est dire à quel point les politiques conduites en zone euro depuis 2010, si coûteuses socialement, sont contre-productives du point de vue même des objectifs économiques qu’elles sont sensées permettre de réaliser : réduire le poids des dettes publiques.

Cela engendre un mécontentement de plus en plus massif contre le maintien d’un tel cap. Ce dernier est présenté comme sans alternative possible par Merkel et Hollande, mais, cependant, des craquements significatifs se produisent désormais au sein même des coalitions majoritaires qui, dans chaque pays, sont chargées de le tenir coûte que coûte.

C’est ce qu’exprime le limogeage par le Président français de la ministre de l’écologie, D. Batho, qui a critiqué les choix budgétaires pour 2014 en dénonçant un « tournant dans la rigueur qui ne dit pas son nom » et risque d’alimenter le vote pour l’extrême droite. Juste de quoi remettre à sa place l’acrobate Montebourg qui affirmait, il y a peu, que la Commission européenne « est le carburant de l’extrême droite » pour tenter de mieux disculper la politique suivie par Matignon. En réalité, le malaise est profond jusqu’au sein du PS et, plus encore, dans son électorat si désillusionné.

Ainsi, les prémices d’une crise de gouvernance de toute la zone euro commencent à prendre forme sur la base-même des efforts faits pour progresser vers le fédéralisme. Cela pourrait rendre particulièrement nerveux les marchés.

On peut anticiper de nouvelles tensions sur les taux d’intérêt dans les mois qui viennent, malgré la promesse de Draghi de faire soutenir « de façon illimitée » les États en difficulté par la BCE...mais au prix de l’ engagement ferme et crédible de leurs dirigeants à imposer à leur peuple des sacrifices sociaux et nationaux accrus !

En effet, le président de la BCE met sans cesse en avant le programme OMT (outright monetary transactions) de rachat illimité d’obligations souveraines. Mais, jamais, il ne lui donne un cadre précis, comme s’il cherchait essentiellement, avec cette « arme nucléaire », à décourager toute reprise de la spéculation, en croisant les doigts pour n’avoir jamais à s’en servir.

Pourtant, la confiance dans la force dissuasive de ce dispositif commence à être mise suffisamment à l’épreuve pour que le président de la BCE se sente obligé de déclarer qu’il n’est pas prêt de resserrer le robinet des liquidités, à la différence du président de la FED aux États-Unis où la croissance est nettement plus vigoureuse.

Un besoin impérieux de changer de cap


Or, une remontée des taux enfermerait un peu plus la France et l’Europe dans la récession. Elle entraînerait, simultanément, un accroissement du service de la dette publique et accentuerait le resserrement du crédit bancaire. Au total elle relancerait la crise financière.

L’optimisme affiché par F. Hollande peut relever de l’auto-intoxication avec une confiance aveugle dans une reprise qui serait capable, à partir des pays émergents, des États-Unis et aussi de l’Allemagne, d’ engendrer un nouveau cycle conjoncturel de croissance mondiale suffisamment puissant et durable pour que tout le monde puisse y trouver son compte. Il peut aussi être une posture politique pour faire patienter les salariés et les familles en France si désenchantés par le reniement présidentiel des promesses faites.

Quoi qu’il en soit, il ne doit pas faire oublier que, déjà pour 2013, un tel calcul a déjà échoué.

Bercy avait construit, en effet, son projet de budget pour l’année en cours sur une hypothèse de croissance du PIB de 0,8 %. Or, l’INSEE table, désormais, sur un recul de 0,1 % du PIB et la Cour des comptes estime que le déficit public devrait finalement tourner autour de 4 % du PIB. Au total, ce devrait être quelque 13 milliards d’euros qui manqueraient à l’ État cette année.

L’INSEE, dans sa dernière note de conjoncture, souligne que les « mesures d’ajustement » décidées pour l’année 2013 devraient amputer la croissance française de 0,8 point, après 0,7 point l’an dernier.

Autrement dit, le cap tenu par F. Hollande, à l’image de ce qui se fait en Espagne, en Grèce ou au Portugal - tout en prétendant faire ce qu’il faut pour ne pas finir comme ces pays - ne peuvent avoir les effets escomptés sur les déficits publics et, donc, sur la dette publique, car ils ne cessent de déprimer l’activité.

Tout laisse penser qu’un tel scénario pourrait se reproduire en 2014, d’autant plus que le délai de deux ans impartis par la Commission européenne à la France pour se conformer aux règles de Maastricht feront l’objet d’un incessant chantage de la part de Bruxelles et d’instances comme la Cour des comptes. Chantage qui permettra, simultanément, à F. Hollande de faire croire qu’il fait le maximum, face à cette pression exogène, pour ménager, dans la justice, l’intérêt des Français !

L’Élysée rappelle qu’en 2013, pour se conformer aux injonctions de la BCE et de Bruxelles, le déficit a été baissé avec deux tiers de prélèvements et un tiers d’économies sur les dépenses. Pour 2014, la règle sera : un tiers de prélèvements et deux tiers d’économies sur les dépenses.

Autrement dit, simultanément à une austérité budgétaire accrue, les impôts et cotisations seront tout de même augmentés. B. Cazeneuve, le ministre du Budget, a chiffré cette hausse à 6 milliards d’euros.

La Cour des comptes la chiffre, elle, à 12 milliards d’euros, partant du principe qu’il va falloir aussi compenser les mesures fiscales dont les effets budgétaires disparaissent ou se réduisent dés 2014. Cette augmentation des prélèvements interviendrait donc après une hausse de 33 milliards d’euros en 2013 et 22 milliards d’euros en 2012 !

Et pendant ce temps, l’exécutif se refuse à mobiliser autrement le crédit bancaire, prétendant avoir « fait le job » avec la création de la Banque publique d’investissement (BPI) à la capacité financière si insuffisante et armée de critères d’intervention tels que, d’un côté, il lui est interdit de « soutenir des canards boiteux » comme ArcelorMittal, comme a dit son président, tandis que, d’un autre côté, sa vice-présidente, S. Royal, a pu se féliciter qu’elle « pré-finance » le crédit d’impôt-compétitivité c’est à dire l’augmentation des profits disponibles !

C’est dire le besoin de changer de cap en aidant au développement et à la convergence des luttes, comme à propos des retraites ou des services publics en France et dans ses collectivités territoriales, avec la mise en avant déterminée de propositions cohérentes articulant objectifs sociaux audacieux moyens financiers et pouvoirs nécessaires pour les réaliser. Des propositions indispensables pour rassembler, bien au-delà du Front de gauche, jusque dans les rangs du PS et de ses électeurs, en donnant à voir, en pratique et au-delà des intentions proclamées, qu’une politique alternative est effectivement possible à gauche.


Je contribue
La contribution

forum info modere