Augmenter la durée de cotisation : tout sauf une évidence

Allonger le nombre de trimestres au-delà des 166 actuels semble acquis pour le gouvernement. Au risque de baisser les pensions.


27 août 2013

Si le gouvernement semble hésitant sur plusieurs aspects de la future réforme, un point est acquis à ses yeux : dans la continuité de ses prédécesseurs de droite, il entend durcir l’accès à la retraite en jouant du levier de la durée de cotisation. De 41,5 ans (166 trimestres) aujourd’hui, elle serait portée à 41 ans et trois trimestres en 2020, en appliquant strictement la loi Fillon de 2003, et allongée encore au-delà. Mais suivant le rapport Moreau, le rythme pourrait aussi être accéléré, pour atteindre 44 ans (176 trimestres) pour la génération 1966. Une telle mesure est « une évidence », assénait il y a quelques jours le ministre du Travail, Michel Sapin. On connaît l’argument : « On vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps. » Une manière de nier le rôle de plus en plus actif joué par les retraités dans la vie sociale, citoyenne, associative. Une équation qui « oublie » aussi un paramètre essentiel : pour le même temps de travail, la productivité ne cesse de croître, et ces gains devraient pouvoir être affectés au financement de la protection sociale. « Oubli » également du fait que, si allongement de l’espérance de vie il y a, on le doit, entre autres, à l’amélioration des conditions sociales, et parmi celles-ci... le droit à la retraite. « Oubli » enfin d’une donnée nouvelle : selon les dernières études de l’Inserm, si les Français et les Européens vivent de plus en plus vieux, leur espérance de vie en bonne santé tend désormais à stagner, voire à reculer. « Les années de vie supplémentaires sont vécues avec des limitations d’activité », souligne Jean-Marie Robine, directeur de recherche à l’Inserm. Or, les salariés aspirent évidemment à jouir au maximum d’une retraite en bonne santé.

D’autre part, l’allongement continu de la durée de cotisation exigée entre en contradiction avec les évolutions de l’emploi. La durée moyenne de vie au travail avoisine les 35 ans aujourd’hui (source Eurostat). Selon la Caisse nationale d’assurance vieillesse, les salariés partis en retraite en 2012 affichaient, là aussi en moyenne, 145 trimestres d’assurance au compteur - pour 165 exigés par la loi... On sait également que, du fait de la gestion patronale de l’emploi dans les entreprises, un salarié sur deux n’est plus en activité au moment où il liquide sa retraite. Et toutes les mesures prises ces dernières années (durée de cotisation allongée, âge légal de départ retardé), contrairement à l’ambition affichée d’une hausse de l’emploi des seniors, ont eu surtout pour effet d’accroître leurs effectifs au chômage.

Les salariés aspirent à jouir au maximum d’un temps sans travail en bonne santé.

Placés devant une barre à 42, 43 ou 44 ans de cotisations, les salariés auront ce drôle de choix : attendre d’y parvenir pour liquider leur pension, quitte, s’ils n’ont plus de travail, à subir le chômage ou à subsister avec les minima sociaux ; ou bien partir avant d’avoir leur compte d’annuités, et subir alors la décote, autrement dit une amputation de la retraite. Ainsi, pour beaucoup, l’objectif non déclaré de ce type de mesure est bien de faire baisser, indirectement, le niveau des pensions et de faire payer aux retraités la politique de réduction des déficits. La hausse continue de la durée de cotisation est enfin lourde d’un autre danger : saper la confiance des jeunes dans le système par répartition, et les pousser vers les assurances privées. À 30 ans aujourd’hui, un jeune a validé 30 trimestres seulement pour la retraite. Rançon de l’allongement des études, et des difficultés d’entrée dans l’emploi. Leur demander de cotiser jusqu’à 44 ans reviendrait à leur imposer de partir à... 66 ans. Combien y parviendront ?


Je contribue
La contribution

forum info modere